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Mort d’un travailleur

Poursuite de 3,9 millions $ contre Hydro-Québec

Pierre-Paul Biron | Agence QMI 

Des membres de la famille et des collègues d’un travailleur mort noyé dans sa pelle mécanique en 2015, au chantier de La Romaine, poursuivent Hydro-Québec pour 3,9 millions $, persuadés que la société d’État est responsable du terrible accident.

Opérateur de pelle mécanique pour la compagnie Neilson-EBC, Steeve Barriault a péri dans des circonstances atroces, le 11 mars 2015, alors qu’il travaillait à dégager des dalles de béton au fond d’une fosse remplie d’eau.

Sous le poids de la machinerie, la glace qui retenait la pelle a cédé, faisant basculer l’homme vers une mort certaine. Des collègues ont bien tenté de fracasser la vitre de la cabine «à coups de marteau, de masse et de pied-de-biche», mais sans succès.

«Steve Barriault est décédé dans la noirceur [...], séparé de la survie par moins d’un pouce de métal et de verre, enfermé dans une carlingue blindée [...], sur un chantier dangereux dont Hydro-Québec doit garantir la sécurité», peut-on lire dans la poursuite de près de 4 millions $ déposée par l’avocat de la famille, Me Marc Boulanger.

3,9 millions $ pour 17 demandeurs

Au total, 17 personnes réclament des dommages à Hydro-Québec dans la poursuite déposée jeudi au palais de justice de Sept-Îles.

Le fils de M. Barriault, sa mère, son frère, sa sœur, ses neveux et nièces, son beau-frère, sa belle-sœur et des collègues de chantier témoins de sa mort se partagent les 3,9 millions $ demandés en dommages punitifs et compensatoires.

La succession réclame notamment 1,7 million $ pour la perte de revenus et les circonstances horribles dans lesquelles l’homme a péri, la nuit du 11 mars 2015.

«Steeve Barriault a subi d’importants dommages moraux dans les interminables minutes précédant sa mort», décrit la poursuite, précisant que l’homme criait «qu’il ne voulait pas mourir» et suppliait «pour qu’on le sorte de sa cage qui s’enfonçait tranquillement dans l’eau glaciale.»

Famille brisée

La famille avait déjà rencontré «Le Journal de Québec» en 2016, le père de la victime affirmant à ce moment qu’il ne pardonnerait jamais à Hydro-Québec ce qui était arrivé.

«Chaque nuit, j’entends mon fils crier à l’aide. Je veux qu’Hydro-Québec reconnaisse qu’ils lui ont fait subir cette souffrance-là. Ils détruisent des vies, des familles, et ils s’en foutent», confiait Clément Barriault, qui a depuis péri lors d’une sortie de pêche en mai 2017, une autre tragédie qui a affligé la famille.

Hydro-Québec a déjà été blâmée par la CNESST dans un rapport plutôt accablant sur l’accident, publié en novembre 2015. La société d’État, qui a refusé de commenter la poursuite de la famille Barriault, assure toutefois avoir mis des mesures en place depuis.

Extraits de la poursuite

«Steeve Barriault est décédé seul, enfermé dans sa cabine [...] criant qu’il ne voulait pas mourir et suppliant pour qu’on le sorte de sa cage qui s’enfonçait tranquillement dans l’eau glaciale.»

«[Des collègues] ont tous tenté de sortir Steeve Barriault de sa cabine, avant que celle-ci ne soit complètement submergée. [...] Ils ont assisté en direct et impuissants à la tragédie et la mort de leur ami et collègue suppliant qui se noyait sous leurs yeux.»

«C’est une cascade continue d’erreurs, de fautes et d’omissions de la part d’Hydro-Québec qui a mené à la catastrophe du 11 mars 2015.»

Hydro défend ses mesures

La CNESST avait largement blâmé Hydro-Québec pour la mort de Steeve Barriault dans un rapport qui fait état des risques au chantier de La Romaine.

Hydro-Québec affirme toutefois que les méthodes ont changé sur le chantier du nord de la province.

Dans son rapport à la suite du décès de l’opérateur de pelle mécanique en mars 2015, la CNESST blâmait Hydro-Québec pour une «gestion déficiente des travaux» et l’absence d’une analyse exhaustive du terrain avant les travaux.

Changements

Questionnée sur ce qui a été fait depuis la mort de M. Barriault, la société d’État affirme «qu’un accident est toujours un accident de trop».

Depuis la mort de Steeve Barriault, Hydro-Québec se félicite d’avoir ajouté des agents de changement en santé et sécurité sur le chantier, de tenir des rencontres quotidiennes portant sur la sécurité, d’obliger des formations d’accueil et de tenir des ateliers de sensibilisation avec les véhicules lourds.

Au total, quatre travailleurs ont perdu la vie sur le chantier de La Romaine depuis 2009. En plus de Steeve Barriault, le décès de Luc Arpin, dont le cadavre n’avait pu être extirpé que deux semaines après son décès des débris de sa pelle mécanique ensevelie sous 4300 tonnes de roc avait énormément fait jaser.

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