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35 plaintes en 20 ans

Un dentiste jugé dangereux est très difficile à radier

Hugo Duchaine | Agence QMI

Chantal Poirier

Un dentiste jugé dangereux exerce toujours dans sa clinique de Terrebonne malgré les tentatives vaines et répétées de son ordre professionnel pour le radier.

«La protection du public est gravement en danger, de même que la santé de ses patients [...] Je vous demande de radier le Dr Terjanian de façon permanente», a plaidé le syndic de l’Ordre des dentistes du Québec, Pierre Lafleur, la semaine dernière devant son Conseil de discipline.

L’Ordre essaie de faire radier le dentiste Pascal Terjanian depuis près de 10 ans. Mais ce dernier a porté en appel devant le Tribunal des professions chaque sanction reçue par le Conseil de discipline.

«On a un professionnel qui exploite le système judiciaire au maximum. C’est hors de nos mains [...] ça nous inquiète et ça nous fâche», ajoute son collègue Mario Mailhot, lui aussi syndic.

35 plaintes en 20 ans

Depuis près de 20 ans, 35 plaintes ont été déposées contre le dentiste par son ordre professionnel. Il s’agit de 11 plaintes déontologiques et de 24 plaintes pour non-collaboration.

Les plaintes «touchent à peu près tous les domaines de la dentisterie [...] le comportement et l’intégrité» du Dr Terjanian, selon Pierre Lafleur.

«Il ne collabore pas à nos enquêtes, ce qui fait en sorte que plusieurs ont été suspendues [...] car on manque d’information», dit-il.

Mais l’avocat de Pascal Terjanian, François Brunet, estime plutôt que l’Ordre s’acharne sur le dentiste.

«Parce que mon client a refusé de se mettre à genoux devant le syndic», a-t-il déclaré à la fin d’une audience la semaine dernière.

Le dentiste devait recevoir sa sanction pour une plainte datant de 2006 et pour laquelle il avait été reconnu coupable en septembre 2015. Mais il ne s’est pas présenté parce qu’il est malade, selon son avocat, affirmant qu’il suit une «thérapie psychodynamique».

Il est anxieux

Son client est très «anxieux» devant le Conseil de discipline, a-t-il relaté, soulignant qu’il s’est déjà évanoui en pleine audience, après que le président eut refusé de reporter une audience, ne croyant pas qu’il était malade. Me Brunet a d’ailleurs dit détenir quatre certificats du CHUM confirmant que son client a fait des syncopes vasovagales.

La semaine dernière, l’avocat réclamait une remise de l’audition sur sanction. Quand elle lui a été refusée parce qu’il n’avait aucun témoin pour la justifier, il a voulu obtenir «une remise de l’audition sur demande de remise de l’audition sur sanction».

L’audience a finalement commencé, mais elle devra se poursuivre en juin et l’avocat compte revenir à la charge.

Son client reste capable d’exercer sa profession, assure-t-il.

Quant aux appels successifs des condamnations, il répond qu’il «y a toujours des failles et des problèmes dans toutes les décisions».

Il y a quatre ans, un juge a cassé la radiation temporaire obtenue contre Pascal Terjanian, soulignant que le syndic pourrait perquisitionner devant le refus du dentiste, ce qu’il n’a pas fait.

Le Dr Mailhot répond que même si le pouvoir de perquisitionner existe, le syndic ne peut pas fouiller comme le ferait un policier dans les classeurs d’un professionnel. Il rappelle que la loi demande au dentiste de collaborer.

Pascal Terjanian a quant à lui rappelé «Le Journal de Montréal» avec son avocat sur la ligne.

«Ça relève de problèmes personnels que le Dr Terjanian ne veut pas voir étalés dans les journaux», a souligné François Brunet sur l’attitude de son client avec son ordre professionnel.

Ce qu’on lui reproche

La liste de plaintes et d’infractions reprochées au Dr Pascal Terjanian par l’Ordre des dentistes est longue. Traitements non nécessaires ou non conformes, intimidation de patients, avoir réclamé des montants pour des traitements non dispensés et même des agissements déloyaux envers d’autres dentistes.

Inconduite sexuelle

Entre décembre 2008 et mars 2009, à sa résidence de Laval, le dentiste aurait commis des gestes abusifs à caractère sexuel envers une patiente avec qui il était en relation professionnelle.

Devant le Conseil de discipline, la patiente a relaté que le Dr Terjanian l’aurait invitée chez lui, puis dans sa chambre, où il aurait ensuite commencé à la caresser et à la déshabiller de force. Il aurait ensuite tenté de lui ouvrir les jambes, mais elle aurait résisté. Il l’aurait pénétrée trois ou quatre fois avant d’arrêter.

Mauvais traitements

Au cours des mois de septembre et octobre 2001, le dentiste aurait procédé à des traitements de facettes dans la bouche de sa patiente, des traitements non requis, sans raison suffisante, inappropriés ou disproportionnés aux besoins de sa patiente, mal exécutés et contraires aux normes.

La plaignante a notamment affirmé avoir constaté avec surprise que toutes ses dents avaient été taillées.

Entre juillet 2005 et août 2007, il aurait procédé à des traitements d’orthodontie dans la bouche d’un patient, mais de façon contraire aux normes généralement reconnues en médecine dentaire.

Manque d’intégrité

En juin 2003, il aurait réclamé à l’assureur d’un patient des honoraires pour des services non dispensés.

En septembre 2005, il aurait réclamé d’un patient des honoraires pour des actes professionnels jamais fournis à ce dernier.

Son défaut de collaborer à une enquête du syndic portant sur de nombreux achats de médicaments contrôlés, dont la nature et les quantités apparaissent excessives.

Il a aussi omis de transmettre des dossiers dentaires de patients, dont un qui disait avoir été l’objet de harcèlement de la part du dentiste et de son personnel pour accepter des traitements.

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