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Frappes aériennes

Macron affirme avoir convaincu Trump de rester en Syrie

Agence France-Presse 

Emmanuel Macron a assuré dimanche avoir convaincu Donald Trump de maintenir ses troupes en Syrie, dans un grand entretien bilan de sa première année au pouvoir. Washington a répondu que le président américain voulait toujours un retour «dès que possible» des troupes américaines.

Moins de 48 heures après les frappes américaines, françaises et britanniques en Syrie, où le président français a lancé sa première opération militaire d'envergure, Emmanuel Macron a déclaré que Paris ne faisait pas la guerre à Damas et qu'il voulait parler à tous les acteurs de la crise.

«Il y a 10 jours, le président Trump disait les États-Unis d'Amérique ont vocation à se désengager de la Syrie. (...) Je vous rassure, nous l'avons convaincu qu'il fallait rester dans la durée», a déclaré Emmanuel Macron pendant cette intervention diffusée sur la télévision BFM, la radio RMC et le site Mediapart.

Mais quelques heures plus tard, la Maison-Blanche a affirmé que «la mission» des forces américaines déployées en Syrie n'avait «pas changé». Donald Trump «a dit clairement qu'il veut que les forces américaines rentrent dès que possible», a-t-elle souligné.

Emmanuel Macron a consacré à la Syrie tout le début de ces presque trois heures d'entretien face à deux journalistes particulièrement pugnaces, qui ont ensuite pressé le président de questions sur les sujets domestiques, sur un ton parfois virulent qui a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

«La France n'a pas déclaré la guerre au régime» du président Bachar al-Assad, accusé d'avoir utilisé des armes chimiques contre des civils dans la guerre qu'il livre aux rebelles, a déclaré M. Macron, rappelant que l'ennemi de la France était l'organisation de l'État islamique.

Ces frappes étaient nécessaires et légitimes, selon lui, mais «la finalité est de construire ce qu'on appelle une solution politique inclusive», a-t-il dit, mettant en exergue l'activisme diplomatique français pour «parler avec tout le monde», notamment avec les alliés du régime comme la Russie et l'Iran, et les acteurs régionaux comme la Turquie.

Pour parvenir à «cette solution durable», «il nous faut parler avec l'Iran, la Russie et la Turquie», a dit M. Macron. Il a exposé sa vision de la nécessité de faire bouger les lignes de fractures diplomatiques entre Occidentaux, paralysés dans les négociations menées dans le cadre du Conseil de sécurité de l'ONU (où la Russie a un droit de veto), et les autres acteurs de la crise, dont ces trois pays qui mènent de leur côté un processus diplomatique parallèle, celui d'Astana.

«Nous avons regagné de la crédibilité au regard des Russes» après les frappes, a-t-il assuré.

Il a aussi balayé les accusations d'illégitimité auxquels s'exposent ces frappes menées hors du cadre de l'ONU, affirmant que «c'est la communauté internationale qui est intervenue».

Plusieurs personnalités politiques françaises ont discuté la légalité de cette opération militaire, qui fera l'objet d'un débat sans vote des parlementaires français lundi à partir de 17h00, heure locale.

Au Royaume-Uni, la première ministre britannique Theresa May, vivement critiquée pour avoir engagé ses troupes dans ces frappes, doit s'expliquer lundi devant le parlement.

Après la Syrie, Emmanuel Macron est entré dans un long tunnel de thèmes domestiques, dans des échanges parfois musclés avec les deux journalistes qui n'ont pas hésité à interrompre le président. Ils l'interpellaient par son nom et non pas par sa fonction.

Accusant par exemple l'un d'entre eux, Edwy Plenel, d'«insinuations», il a répondu en laissant parfois poindre un certain agacement.

«Est-ce que vous n'êtes pas dans une illusion puérile de toute-puissance ?» a lancé l'autre journaliste, Jean-Jacques Bourdin, au président qui se place volontiers au-dessus de la mêlée et défend la solennité de sa fonction.

«J'entends les colères» dans le pays, mais il n'y a «pas de coagulation dans les mécontentements» sociaux, a assuré M. Macron dans le cadre solennel du foyer du Théâtre national de Chaillot, avec la tour Eiffel illuminée en arrière-plan, à un moment où plusieurs mouvements sociaux ont lieu en France, dans les chemins de fer (SNCF), dans le transport aérien ou encore dans les universités.

Politique hospitalière, fiscalité, dépendance, retraites, réformes, SNCF, etc., le jeune président a balayé le spectre des dossiers chauds auxquels il s'est attelé depuis son arrivée au pouvoir, et alors que la cote de popularité des responsables de l'exécutif baisse dans les sondages.

L'écologie n'a pas été évoquée et l'Union européenne a reçu la portion congrue de cet entretien, évacuée en quelques minutes peu avant la fin alors que M. Macron souhaite réformer en profondeur la construction européenne.

Le président a appelé de ses voeux une «vitalité européenne», et une «Europe souveraine», qui «protège des grands risques, des grands transformations», citant par exemple Facebook «qui brade vos informations, votre intimité».

Il a également dénoncé «une montée de l'illibéralisme, c'est-à-dire des extrêmes, des populismes, de gens qui remettent en cause l'État de droit», critiquant le premier ministre hongrois Viktor Orban avec qui il «ne partage rien de ses valeurs».

Cet entretien au ton inhabituel en France a déclenché de vives réactions sur les réseaux sociaux, la presse française y voyant un «match de boxe», un «corps à corps» où Emmanuel Macron a su «rendre les coups» face à des questions «parfois brutales».

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