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Enjeux LGBTQIA+

«Ceuzes», «celleux», «ille»: des étudiants de l'UQÀM veulent «dégenrer» la langue

TVA Nouvelles et Agence QMI

 - Agence QMI

Un groupe d’étudiants de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) souhaite que l’établissement emploie une langue française «dégenrée», qui laisserait place à des termes comme «ceuzes», «heureuxes» ou encore «contributeurices».

C’est ce qui est présenté dans un dépliant intitulé le «Petit guide des enjeux LGBTQIA+ à l'Université» qui a été distribué au cours des derniers mois au corps professoral de l’université.

Le dépliant offre des pistes de solution linguistiques pour «dégenrer» le discours et mieux prendre en compte la réalité des personnes LGBTQIA+ (lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans, queers, intersex(ué)es, asexuelles et autres).

Parmi les termes proposés se trouvent des expressions «moins habituelles» comme «celleux et ceuzes», «ille(s) et iel(s)» ou encore «nombreuxes».

Le but des auteurs du dépliant, qui demeurent anonymes, est d’enlever toutes références au masculin et au féminin dans le discours.

Pour l’auteure et journaliste Geneviève Pettersen, il est important de se questionner sur le sexisme de la langue française et de remettre en question la fameuse règle de la prévalence du masculin sur le féminin.

«C’est sûr que moi, comme femme, ça me heurte quand je vois un texte écrit seulement au masculin. C’est comme si on nous disait que les femmes ne pouvaient pas faire certaines fonctions parce que les titres de fonction ne sont pas féminisés», fait-elle valoir.

Mme Pettersen demeure cependant sceptique devant ce qu’elle qualifie de «novlangue», du nom du langage restrictif utilisé par les protagonistes du roman «1984» de George Orwell.

«Je ne sais pas qui cela opprime, j’aimerais entendre une personne trans ou marginalisée sur ce sujet, savoir comment ça les heurte quand on emploie le masculin et le féminin dans un texte et qu’on n’est pas totalement dans la "dégenrification"», s'est-elle questionnée.

«Nonobstant le fait qu’idéologiquement, c’est une très bonne chose de se poser ces questions, on est tous un peu réfractaires aux nouvelles choses, a poursuivi l’auteure. Mais si on se questionne, c’est qu’il y a quelque chose en dessous de ça.»

Outre la «dégenrification» du discours, le dépliant promeut également une ligne de conduite en matière d’enseignement afin d’éviter les situations pouvant mal tourner. Ainsi, on déconseille l’utilisation de l’humour sur la question des conditions de la communauté LGBTQIA+ ou encore la tenue de débats sur des articles polémiques, par exemple.