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Raif Badawi

Ensaf Haidar repart d’Ottawa les mains vides

Maxime Huard

 - Agence QMI

Ensaf Haidar est repartie d’Ottawa bredouille, mardi, après avoir demandé au gouvernement fédéral de la rencontrer et d’accorder la citoyenneté honorifique à Raif Badawi, son mari emprisonné depuis six ans en Arabie saoudite.

«Avant que Justin Trudeau soit élu, j’avais beaucoup d’espoir, mais maintenant, je suis découragée, déçue. On n’a pas de réponses», s’est désolée la femme du blogueur écroué en 2012 par le régime saoudien pour délit d’opinion.

Aux côtés du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique (NPD), Mme Haidar avait demandé mardi matin à rencontrer les ministres de l’Immigration, Ahmed Hussen, et des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Alors que Mme Freeland est en dehors du pays, l'entourage d'Ensaf Haidar indique que le ministre Hussen aurait choisi de ne pas la rencontrer pour éviter tout conflit d’intérêts lié à sa demande de citoyenneté, actuellement en cours.

En attente d’un pardon

Ensaf Haidar a appris il y a quelques mois que son mari serait sur une liste de prisonniers éligibles au pardon royal. La citoyenneté honorifique faciliterait la défense du blogueur par le Canada et aiderait à le protéger une fois remis en liberté, ont indiqué les intervenants rassemblés mardi.

Avec le ramadan qui débutera à la mi-mai, l’épouse de M. Badawi croit que le moment est bien choisi pour faire pression sur les autorités, car il s’agit d’une période où plusieurs pardons sont traditionnellement accordés.

«Six ans, ce n’est pas facile pour moi et mes enfants [...] M. Trudeau, faites quelque chose!» a imploré celle qui est maintenant résidente permanente au Canada. Accueillie comme réfugiée en 2013, Mme Haidar est établie à Sherbrooke avec ses trois enfants.

Inaction dénoncée

L’ancien chef du NPD, Thomas Mulcair, ne comprend pas l’inaction du fédéral, d’autant plus que le chef libéral avait rencontré Mme Haidar à Sherbrooke en 2015 et lui avait promis d’agir. «M. Trudeau était là pour les caméras avec Ensaf et sa famille, mais depuis, rien», a dénoncé le député d’Outremont.

En 2016, l’ex-ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, avait refusé d’octroyer la citoyenneté canadienne à M. Badawi, sous prétexte que l’Arabie saoudite ne reconnaissait pas la double citoyenneté.

Au Québec, l’Assemblée nationale a adopté plusieurs motions de soutien à Raif Badawi dans les dernières années. Un certificat de sélection du Québec pour motif humanitaire lui a même été délivré en 2015.

«Maintenant c’est au gouvernement canadien d’agir», a insisté la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet.

Tant l’Immigration que les Affaires étrangères ont fait savoir mardi qu’ils étaient en contact avec la famille de Raif Badawi, refusant toutefois de se prononcer sur la question de la citoyenneté honorifique.

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