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Consommation d'électricité

Tromperies dans l’énergie solaire

Marie-Ève Dumont

 - Agence QMI

solar panel on the roof

stock.adobe.com

Des commerçants itinérants de panneaux solaires cumulent les plaintes après avoir promis à des consommateurs une rentabilité rapide et une production d’électricité irréaliste.

«Ils vendent du rêve. Si c’était si merveilleux, on aurait tellement de panneaux solaires partout qu’on s’enfargerait dedans», illustre Patrick Goulet, président d’Énergie solaire Québec, organisme sans but lucratif qui fait la promotion des énergies renouvelables.

M. Goulet reçoit des appels de consommateurs depuis quelques mois au sujet des prétentions de commerçants itinérants qui sont très actifs sur les réseaux sociaux, sur le télémarketing et le porte-à-porte un peu partout au Québec.

Ces compagnies semblent vouloir profiter de l’intérêt grandissant pour l’énergie solaire. Elles évoquent une production d’électricité irréaliste, des économies gonflées ou une rentabilité trop rapide par rapport à la réalité.

«Fibre écologique»

«Le vendeur de Nisi solaire m’a parlé de ma voiture électrique dans l’entrée. J’ai vraiment eu l’impression qu’il m’a ciblé en voyant que j’avais la fibre écologique pour essayer de me monter un bateau», croit Christian Dionne, 42 ans, qui a reçu la visite au début avril.

On lui aurait proposé 20 panneaux de 300 watts pour 20 399 $ afin de produire 14 440 kWh par année, soit un peu plus de la moitié de sa consommation d’électricité.

Mais selon des experts, ces panneaux produiraient plutôt autour de 7200 kWh, soit l’équivalent pour lui d’environ trois mois d’électricité.

«Le Journal de Montréal» a discuté avec huit personnes qui ont reçu la visite d’une de ces compagnies depuis le début de l’année. Une partie d’entre elles avaient signé une entente avant de se raviser.

Rénovations et constructions Gauthier et Péloquin inc. cumule 57 plaintes à l’Office de la protection du consommateur (OPC), dont la majorité est pour des pratiques alléguées trompeuses ou déloyales de l’entreprise. L’entreprise appartenant à Jean-Maxime Péloquin utilise aussi les noms Confort NISI Énergie Solaire, Énergie Solert, Groupe Énairbec ou encore Groupe conseil Éco-vert.

«Vis resserrée»

Nisi solaire est également revenue souvent chez les consommateurs inquiets. Cette compagnie ne semble cependant pas exister au registre des entreprises. Ce serait plutôt un site web appartenant à un distributeur de panneaux solaires appelé Nisi énergie qui reçoit les demandes d’informations des clients intéressés aux panneaux solaires et qui les transfère à des vendeurs, selon ce qu’a mentionné le propriétaire Colo Jacob au «Journal de Montréal».

Mais ni les propriétaires de Confort NISI Énergie Solaire et Nisi énergie ne semblaient se considérer comme responsables des promesses des vendeurs qui disent travailler pour Nisi solaire. On nous a simplement répondu chez Nisi Énergie que «la vis serait resserrée».

Presque impossible d’être indépendant d’Hydro

Il est presque impossible pour un client québécois de se faire créditer l’entièreté de son hydro-électricité en la remplaçant par une autre forme d’énergie, insiste Hydro-Québec.

«C’est extrêmement difficile, voire pas possible d’être indépendant énergétiquement. Il n’y a pas beaucoup d’habitations qui permettent ça», explique le porte-parole Marc-Antoine Pouliot.

Or, des vendeurs itinérants de panneaux solaires basent leur promotion sur un programme d’Hydro-Québec qui permet de jumeler l’électricité produite par les panneaux solaires à celle fournie par la Société d’État appelé Mesurage net.

Le programme fonctionne sous forme de crédits. Si la production de panneaux solaires est plus grande que la consommation, comme c’est souvent le cas en été, un crédit est accordé au client sur les kWh produits en trop.

Sauf que ce n’est pas sous forme de chèque qu’Hydro rembourse cette énergie, mais bien sous forme de crédits.

Et si ces crédits stockés ne sont pas utilisés après 24 mois, la banque est remise à zéro.

Dans le cadre du programme Mesurage net, la puissance et le nombre de panneaux installés sont aussi limités pour ne pas dépasser la consommation de la maison. Hydro-Québec doit aussi approuver tous les projets du programme qui visent autant le solaire que l’éolien.

La société d’État continue à fournir l’électricité qui n’est pas produite par les panneaux.

Fausse rentabilité

Sylvain Bernier a reçu récemment la visite de l’entreprise Hydro solaire à sa résidence de Québec. On lui a fait miroiter une rentabilité beaucoup trop rapide par rapport à la réalité.

«Je me sentais mal, j’avais l’impression que j’étais un nono si je ne signais pas. On m’a fait croire que je pourrais rentabiliser dans les 7 à 10 ans», déplore-t-il.

«Ils jouent sur les points faibles des gens, ils ciblent une frustration. Ils savent que bien des gens sont écœurés d’Hydro-Québec et ils nous offrent une possibilité de se sortir du système», raconte M. Bernier.

Hydro solaire, basée à Boucherville, est aussi appelée Avantage groupe-conseils. L’OPC a reçu sept plaintes à son sujet. Le propriétaire n’a pas rappelé «Le Journal de Montréal».

Les données les plus récentes datant d’octobre 2017 indiquent que 147 clients sont inscrits au programme Mesurage net dans la province, dont 90 % ont des panneaux solaires.

7 fausses promesses du vendeur

Pour en savoir plus sur les pratiques de Nisi solaire, le site internet exploité par Nisi Énergie, la représentante du «Journal de Montréal» s’est fait passer pour une cliente intéressée et a reçu la visite d’un vendeur. Sept affirmations faites par le vendeur de Nisi solaire ont été retenues et vérifiées par deux experts du domaine. «Tous les calculs du commerçant itinérant sont faux. On semble profiter de la naïveté et de la non-connaissance du domaine de potentiels clients. C’est totalement discutable. C’est inquiétant parce que ça donne une très mauvaise image du solaire. Il faut savoir que ce n’est pas rentable en ce moment, les équipements sont chers par rapport aux coûts d’Hydro-Québec», soutient Jean-Pierre Desjardins, chargé de cours en sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’UQAM. En voici donc les conclusions:

1. Du soleil comme en Arizona

Le vendeur de Nisi solaire a basé ses calculs sur 320 jours d’ensoleillement à 12 heures par jour, soit 3840 heures par année.

Pourtant, c’est plutôt un total de 2051 heures d’ensoleillement en moyenne sur une année à Montréal, selon Environnement Canada.

«C’est complètement une aberration, son calcul d’heures d’ensoleillement. Dans le monde, le meilleur ensoleillement, c’est 3900 heures en Égypte, et des villes comme Phoenix en Arizona sont à 3800 heures», soutient M. Desjardins.

2. Trois fois trop de potentiel énergétique

Le représentant de Nisi solaire a surestimé la production d’électricité des panneaux solaires (aussi appelés photovoltaïques).

Selon lui, avec 12 panneaux de 300 watts, il serait possible de produire environ 15 000 kWh, soit une grande partie de la consommation annuelle d’électricité du ménage visité.

Cependant, selon le Centre de la technologie de l’énergie de Varennes de Ressources naturelles Canada, le potentiel des panneaux du sud du Québec est autour de 1200 kWh/kw produits par les panneaux installés (c’est également le chiffre qu’utilisent Hydro-Québec et les experts consultés).

Ce qui veut dire que 12 panneaux solaires de 300 watts chacun produiront 3,6 kw (3600 watts).

3,6 kw x 1200 = 4320 kWh par année, et non 15 000 kWh comme promis.

3. Des prix gonflés

Le coût total des panneaux et de l’installation proposés par le représentant de Nisi solaire revenait à 19 000 $ (si on ne prend pas en compte le rabais de 2000 $ offert par la compagnie, additionné au crédit d’impôt Réno-Vert). Cela revient à environ 5,28 $/watt.

Il s’agit presque du double du prix de ce qui se vend sur le marché actuellement, selon les experts consultés par Le Journal.

«Présentement, un tel système installé coûte au maximum 3 $/watt, donc 12 400 $ avec taxes au maximum, et c’est faisable de trouver moins cher», assure Jonathan Poirier, ingénieur spécialisé dans le domaine. Même avec le rabais de 2000 $ donné par l’entreprise, le prix au watt est de 4,72 $.

4. Quatre fois moins d’économie

L’économie calculée par le représentant de Nisi solaire sur la facture d’Hydro-Québec était exagérée, selon les experts consultés.

Le vendeur nous promettait d’économiser 1520 $ la première année sur notre facture d’Hydro-Québec.

En réalité, l’économie serait plutôt autour de 400 $ avec le système proposé, soit presque quatre fois moins que promis, selon M. Desjardins.

5. Rentable trois fois moins vite

Le vendeur de Nisi solaire nous a indiqué que l’installation serait rentable après 10 ans. Pour ce système à 17 000 $, si on n’inclut pas le crédit Réno-Vert, il faudrait plutôt près de 30 ans avant de rentabiliser son investissement, selon M. Desjardins. C’est sans compter de possibles bris.

6. Pas assez de panneaux

Le système de 12 panneaux de 300 watts proposé par le représentant de Nisi solaire devait couvrir presque toute la consommation d’électricité du ménage, soit 15 000 kWh (sur les 17 935 kWh au total).

En réalité, pour arriver à un tel chiffre, il faudrait environ 42 panneaux de 300 watts. Pour couvrir presque tous les 17 935 kWh, il faudrait 48 panneaux.

«C’est trop de panneaux pour un toit en ville, on oublie ça. Des installations comme celles-là, on peut les voir sur des fermes où il y a beaucoup d’espace», insiste M. Poirier.

7. Tarifs d’Hydro-Québec trop hauts

Le vendeur de Nisi solaire a également gonflé les tarifs d’Hydro-Québec en calculant 0,11 $/kWh, alors qu’en réalité ceux-ci se trouvent autour de 0,09 $/kWh.

Ce dernier ajoutait aussi une inflation de 5 % par année des tarifs d’Hydro, alors que 2 % d’augmentation serait plus réaliste, selon les experts. La dernière hausse du 1er avril dernier était de 0,3 %.

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