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Chronique

Annie la suspicieuse

Un billet d'Antoine Robitaille

Pourquoi diable Annie Trudel a-t-elle décidé de se raconter en 250 pages ?

« Annie qui ? », se demandent plusieurs d’entre vous. Mme Trudel est cette « analyste » embauchée en 2010 par l’ex-chef du SPVM Jacques Duchesneau dans l’Unité anti-collusion (UAC), puis par l’UPAC ; et enfin par Robert Poëti, lorsqu’il a pris la tête du ministère des Transports (MTQ) en 2014.

Vous vous souvenez peut-être d’elle à la commission Charbonneau, où elle a témoigné aux côtés de Duchesneau. On l’a vue aussi à Tout le monde en parle puisque certaines de ses dénonciations des méthodes au MTQ ont causé une tempête, en 2016.

En octobre 2017, elle entamait une relation amoureuse avec le député et ex-policier Guy Ouellette lorsque ce dernier a été arrêté par l’UPAC. Mme Trudel avait d’ailleurs subi le même sort, ce que l’UPAC avait étrangement nié dans un premier temps.

Après cet épisode traumatisant, Mme Trudel lança des accusations fracassantes au sujet d’une possible collusion entre l’UPAC, l’AMF et une firme de comptables.

Personnage

Mme Trudel est donc un personnage de ce qu’on pourrait appeler nos années Duchesneau-Charbonneau-Lafrenière. Années où le Québec a voulu nettoyer ses écuries. Elle s’est retrouvée au cœur de plusieurs des organismes créés pour opérer ce « ménage ».

D’où l’intérêt du récit personnel qu’elle nous propose. Celui-ci, bien que parfois trop détaillé, est bien mené. Cette amie du scénariste Luc Dionne (District 31) a su livrer certaines pages qui se lisent comme un roman policier.

Évidemment, comme toute personne qui se raconte, Mme Trudel ne dit pas tout et s’y donne le beau rôle : « Ne faire aucune concession quant à l’éthique, c’est une philosophie de vie », écrit-elle pompeusement. Le lecteur doit faire la part des choses.

Certains aspects sont intéressants. Sa description de la naissance de l’UPAC, où, dès le départ, les tensions sont vives entre policiers « verts » et les « bleus ».

Sans compter le clan Lafrenière (nom du patron de l’UPAC) qui élimine rapidement les membres du clan « Duchesneau » issus de l’UAC. Associée à ce dernier, Mme Trudel découvre avec stupeur son surnom : « la plotte à Duchesneau ! »

Mais dans son livre, elle n’est pourtant pas tendre à l’égard de l’ancien chef du SPVM, lui reprochant entre autres un « manque de rigueur » grave dans son témoignage à la commission Charbonneau.

Brouilles

Mme Trudel et M. Duchesneau sont actuellement brouillés. C’est une des trames de ce livre : le parcours chaotique de Mme Trudel qui va de rupture en rupture et qui laisse toujours entendre que ceux avec qui elle rompt ne sont pas aussi intègres qu’elle. Ainsi, se plaint-elle, on en a fait un « paria ».

On sourit lorsque, vers la fin de son récit, elle raconte avoir du mal à se trouver de l’emploi et écrit : « J’avais eu d’excellentes relations avec mes patrons et collègues dans le contexte de mes emplois précédents. »

L’authenticité de son engagement contre la corruption n’est sûrement pas à questionner, mais force est de constater que Mme Trudel est fortement suspicieuse ; c’est là un euphémisme. Sous sa plume, ses soupçons deviennent souvent des faits.

« Nous n’avons pu nous empêcher de nous demander si ce n’était pas là une erreur délibérée », écrit-elle, par exemple. Ailleurs, elle accuse, sans le démontrer, l’UPAC d’avoir donné son adresse aux journalistes de Radio-Canada.

« Au Québec, les personnes associées à la lutte contre la corruption sont peu nombreuses, mais font figure de vedettes », souligne Mme Trudel. Voilà un vrai problème.

Entre autres parce qu’ils sont avides de publicité, nos chevaliers blancs de l’anticorruption se surveillent les uns les autres, s’entre-enquêtent, sont amenés à faire des dénonciations à l’emporte-pièce.

Lorsque la Vérificatrice générale a examiné les accusations de fractionnement quasi systématique des contrats au MTQ formulées par Mme Trudel, elle a d’ailleurs conclu à une exagération.

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