/regional/estduquebec/nordduquebec

Pourvoiries du nord du Québec

Pêche au saumon réservée aux riches: moratoire demandé

Charles Lecavalier | Agence QMI

GEN-PECHE-SAUMON

MARIE-CLAUDE COSTISELLA/LE PHARILLON/AGENCE QMI

L’ancien ministre Yves Duhaime, le fossoyeur des clubs privés, demande un moratoire sur la décision de donner l’exclusivité de la pêche au saumon aux pourvoiries du Nord.

«En vertu de quel principe prend-on un tiers du territoire dans le Nord et qu’on le donne à une dizaine de pourvoiries qui y seront rois et maîtres», a dénoncé M. Duhaime lors d’une entrevue avec notre Bureau parlementaire.

«Le Journal de Montréal» a révélé cette semaine que Québec a conféré en douce l’exclusivité de la pêche au saumon au Nord-du-Québec à sept pourvoiries privées qui n’offrent que des forfaits coûtant près de 2000 $ par jour, et même plus. Certaines d’entre elles affichent d’ailleurs complet.

M. Duhaime a lancé l’opération de «déclubage», ce qu’il appelle la «libération des forêts», alors qu’il était ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche dans le premier cabinet de René Lévesque.

«Défaire notre ouvrage»

«Quand j’ai mené cette opération, il restait 1341 clubs privés qui avaient 25 000 membres. Ils m’ont fait une guerre épouvantable. La chaloupe est passée proche de virer à l’envers tellement ça protestait. Mais il fallait se tenir debout», tonne celui qui est toujours un amateur de chasse et de pêche à 78 ans.

Après 40 ans de succès, il estime que le gouvernement Couillard est en train de reprivatiser les ressources fauniques. «Qu’est-ce qu’on est en train de faire? De défaire notre ouvrage. Le mot n’est pas trop fort: on veut “cluber” toute cette partie du territoire. Ça n’a aucun sens», dénonce-t-il.

Il se moque de l’argument avancé par la fédération des pourvoiries, dont les membres n’aimaient pas être dérangés par des pêcheurs indépendants.

«L’incident que vous rapportez, qu’un pourvoyeur fait deux heures de bateau puis qu’il voit dans sa fosse à saumon un hydravion et des pêcheurs? So what, c’est ça la liberté, ils ont le droit de pêcher là. Pourquoi aurait-il une préséance sur les autres?» dénonce M. Duhaime.

Les fausses pourvoiries

L’ancien ministre allègue d’ailleurs que plusieurs pourvoiries sur le territoire du Québec sont carrément des clubs privés qui se cachent sous de fausses apparences. «Je ne dis pas qu’il y a des pourvoiries dans le Nord qui sont “clubés”. Mais je dis que ça existe. Il y a des pourvoiries qui sont fermées, et qu’elles sont à toutes fins utiles “reclubées”. Il y en a. Le ministère le sait», dénonce-t-il. Il n’a pas souhaité identifier les pourvoiries en question.

Il met aussi en doute la version du ministère de la Faune, qui affirme prendre cette décision pour protéger le saumon de l’Atlantique. «Avant de décider qu’on prend une si grande étendue de territoire, il faudrait qu’on me fasse la preuve que l’espèce est menacée», ajoute-t-il.

Il ne croit pas non plus que les pourvoiries sont plus fiables que les pêcheurs indépendants pour gérer la ressource faunique. «Je m’étonne que le ministère confère le contrôle et la responsabilité de cet immense territoire à une poignée de pourvoiries. Quelqu’un qui dépense 20 000$, pensez-vous que lorsqu’il a piqué son saumon, il va s’arrêter de pêcher? On n’est pas des enfants d’école, on sait comment ça se passe.»

«C’est de la folie furieuse ce qu’ils sont en train de faire»

«Je suis renversé d’apprendre que ces pourvoyeurs, qui ne sont même pas une dizaine au total, réussissent à vendre une salade semblable au gouvernement pour dire: “Vous allez non seulement maintenir nos pourvoiries avec un bail à vie, mais on veut les droits exclusifs et on ne veut personne d’autre sur notre territoire.”»

-Yves Duhaime, ex-ministre du Tourisme, de la Chasse et de la PêcheLes grandes lignes du règlement adopté par le gouvernement Couillard

Un règlement adopté par Québec en mars donne l’exclusivité de la pêche au saumon pour les pêcheurs non autochtones à sept pourvoiries.

Les forfaits offerts coûtent près de 2000$ par jour incluant le transport.

Le ministère de la Faune justifie cette modification réglementaire par une application plus stricte de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et la nécessité d’obtenir une meilleure connaissance sur la santé de la population de saumons du Nunavik.

Cette décision est dénoncée notamment par la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec (FédéCP) et l’Association des pilotes de brousse du Québec.

Dans la même catégorie