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Données de 52 000 contraventions

Une carte et une application pour identifier les «trappes à tickets»

Valérie Gonthier

 - Agence QMI

Les données tirées de plus de 52 000 contraventions contestées à travers la province ont permis d’identifier des zones où les automobilistes courent plus le risque d’être pris en défaut, communément surnommées les «trappes à tickets».

En une décennie à la tête de SOS Ticket, l’ex-policier Alfredo Munoz a aidé des dizaines de milliers de conducteurs à contester leurs contraventions. Il a alors amassé une mine d’informations qu’il a mises à profit pour développer l’application Woww, qui alerte les automobilistes dès qu’ils approchent d’une zone souvent surveillée par des patrouilleurs.

L’équipe du «Journal de Montréal» a utilisé la même masse de données pour confectionner une carte interactive, qui montre les secteurs où on note une concentration de contraventions distribuées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source Alfredo Munoz

Cette carte permet de visualiser les tronçons qui font souvent l’objet d’une surveillance policière accrue.

Chaque point blanc représente un endroit où une contravention a été donnée entre 2007 et 2016. Les zones où la densité de contraventions est particulièrement élevée apparaissent en rouge. Elles suggèrent la présence d’une possible «trappe à tickets» ou de secteurs où les automobilistes doivent faire preuve de plus de vigilance et de prudence au volant.

Attention accrue

Le fondateur de SOS Ticket rappelle que les policiers surveillent souvent les endroits où il y a plus de risques d’accident.

«L’application permettra d’avoir un degré d’attention accrue à l’approche de ces secteurs», estime-t-il, soulignant que l’inattention est désormais une des principales causes de collisions sur les routes.

«En avisant les conducteurs qu’ils pénètrent dans une zone à risque, j’espère augmenter leur attention au volant. L’alerte sonore va leur indiquer que ce n’est pas le moment de changer le poste de la radio ou de prendre une gorgée de leur café», illustre M. Munoz.

 

Comme les radars photo

Même s’il a toujours dénoncé «les trappes à tickets», Afredo Munoz assure que son application n’a pas pour but de les contourner, mais bien de sensibiliser les automobilistes à la sécurité routière.

Un peu dans le même esprit, souligne-t-il, que les panneaux qui préviennent les conducteurs de la présence d’un radar photo. Selon lui, ce n’est pas à coups de contraventions que les conducteurs vont être sensibilisés à la sécurité.

«L’éducation, ça prend du temps, mais c’est la meilleure façon de changer les choses», dit-il.

À long terme, M. Munoz espère obtenir la collaboration de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) et du ministère des Transports (MTQ) pour parfaire l’application.

Il avance qu’il pourrait ainsi cerner plus de zones à risque, mais aussi informer en temps réel des dangers sur la route, comme la présence de glace noire, d’un accident ou d’un objet qui obstrue une voie.

Offerte gratuitement

L’application Woww est présentement offerte gratuitement pour téléchargement.

«L’objectif n’est pas de faire de l’argent, mais bien de sauver des vies», dit le père de famille de 52 ans, qui s’est départi de SOS Ticket afin de retourner aux études à plein temps pour devenir avocat.

Les experts ont des réserves sur les applications

Les experts en sécurité routière ne sont pas unanimes sur l’utilité des applications mobiles qui permettent aux conducteurs d’éviter des constats d’infraction.

«Si les gens peuvent contourner la loi grâce à une application, je ne suis pas d’accord. Si c’est avantageux pour une personne, individuellement, ce ne l’est pas collectivement», estime la chercheuse Marie-Soleil Cloutier, de l’Institut national de recherche scientifique.

Loi contournée

Selon elle, ces applications mobiles remplacent de façon détournée les détecteurs de radars policiers, interdits depuis longtemps au Québec.

Malgré tout, elle reconnaît qu’une application qui dévoile l’emplacement de policiers sur les routes peut avoir un certain effet de prévention. Au même titre que les pancartes qui avertissent les automobilistes de la présence de radars photo.

«Le réel avantage, c’est de réduire la vitesse. Mais si les gens ne ralentissent que là et accélèrent après, on n’est pas plus avancé», illustre-t-elle.

Même son de cloche du côté de CAA-Québec.

«Est-ce que notre comportement sur la route va être guidé par une application? C’est notre conscience et notre jugement, qu’on devrait exercer en tout temps», dit le porte-parole Pierre-Olivier Fortin.

«Si les limites de vitesse existent, c’est pour qu’elles soient respectées. Point à la ligne. Si chacun respectait le code de sécurité routière, on n’aurait pas besoin de ces applications mobiles», lance pour sa part Erick Abraham, ingénieur mécanique et associé de recherche à l’école Polytechnique de Montréal.

Gare aux distractions

Mais pour le Conseil canadien de la sécurité, ces applications peuvent pourtant être utiles et aider à améliorer le bilan routier.

«On prône la prévention. À notre avis, ça rend les conducteurs plus prévoyants, et sachant qu’ils pénètrent dans une zone à risque de contraventions, ils vont ralentir», indique le porte-parole de l’organisme, Lewis Smith.

À condition que l’application ne soit pas trop «intrusive et distrayante», nuance-t-il.