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Pourvoiries

75 $ par jour pour pouvoir pêcher dans le nord

Charles Lecavalier | Agence QMI

 - Agence QMI

Les pêcheurs qui se rendront dans le nord du Québec pourront continuer de taquiner le saumon à condition de payer un tarif journalier de 75 $, mais ils n'auront pas à utiliser les services des pourvoiries.

«Devant la protestation, les gens se sont réunis: comment on peut donner plus accès? L'idée du 75 $ et la non-obligation d'aller en hébergement a été faite», a expliqué le ministre de la Faune Luc Blanchette mercredi lors d’un point de presse.

Il ne s’agit pas d’une solution «gouvernementale», a-t-il ajouté, mais d’une entente entre Aviateurs Québec, l’Association des pilotes de brousse, et la Fédération des pourvoiries. «Leur consensus fait vraiment mon affaire, dans la mesure que ça va donner, effectivement, l'accès libre à tout le monde, tous les Québécois», a convenu le ministre.

M. Luc Blanchette est dans de mauvais draps depuis plusieurs semaines après avoir adopté une modification réglementaire qui force les pêcheurs de saumon non autochtones à passer par une pourvoirie dans le Nord-du-Québec. Il estime que cette voie de passage lui permet tout de même d’atteindre ses objectifs, la protection du poisson et le respect de la convention de la Baie-James et du Nord québécois.

C’est l’avis de Jean Boudreault, président de la Fédération québécoise pour le saumon d'Atlantique. «Les pourvoyeurs vont faire un peu comme les zecs saumon au Sud. Ils vont simplement prendre le contact avec les gens. Et, quand les gens vont quitter le territoire, donc ils devront dévoiler les captures, qu'est-ce qu'ils ont», a-t-il expliqué. Ce tarif journalier de 75 $ est équivalent à ceux qui existent dans le sud.

Du côté de la Fédération des pourvoiries, son PDG Marc Plourde, cette entente est la preuve qu’il n’est pas dans la volonté de ses membres de «privatiser le nord». M. Plourde indique avoir été étonné du ressac à la suite de l’annonce du règlement du ministre Blanchette et reconnaît que des discussions auraient pu avoir lieu «en amont». «Ça n'a pas été fait. Au lieu de le déplorer puis de s'en plaindre, on a décidé de prendre nos responsabilités puis d'établir le dialogue qui s'imposait», a-t-il dit.

Les pêcheurs auront donc le choix d’utiliser «les services d'hébergement et de restauration des pourvoyeurs» ou d’aller faire du camping sauvage.

Les partis d’opposition critiquent toutefois l’entente. «Il délègue la gestion de l’accès au territoire à des pourvoiries privées. C’est quelque chose qui j’espère ne se répètera pas ailleurs. C’est une brèche», note le péquiste Sylvain Roy. Il estime que le ministre Blanchette n’a eu «aucun leadership» et que c’est aujourd’hui la Fédération des pourvoiries qui a fait pression pour trouver une solution.

Le caquiste Mathieu Lemay déplore de son côté un «système à deux vitesses». «Dans le sud du Québec, on a un système bien établi, avec les droits d'accès journaliers payés à un organisme public. Dans le nord, avec sa décision arbitraire, on va payer des droits d'accès à une pourvoirie privée», a-t-il dénoncé. Il associe le tarif 75 $ à un «pizzo», une forme de racket pratiqué par les mafias italiennes.

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