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Pipeline Trans Mountain

Bill Morneau critiqué pour son «chèque en blanc» aux investisseurs

Maxime Huard | Agence QMI

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Devant la volonté d’Ottawa de compenser la pétrolière texane Kinder Morgan pour ses pertes liées à la crise politique entourant le pipeline Trans Mountain, plusieurs intervenants ont dénoncé mercredi un «chèque en blanc» et une mauvaise utilisation des fonds publics.

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Ottawa prêt à indemniser Kinder Morgan

«C’est aberrant et complètement inacceptable», a déploré le professeur Éric Pineault de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui est membre de l’Institut des sciences de l’environnement.

Selon l’économiste, en tenant compte des dépenses déjà engagées et des prévisions de rentabilité de l’entreprise, la facture pourrait coûter des milliards de dollars aux contribuables canadiens.

Le fédéral est en négociations avec Kinder Morgan depuis le mois dernier.

Devant l’incertitude causée par l’obstruction de la Colombie-Britannique, la firme américaine a suspendu en avril tous ses investissements «non-essentiels» dans le plan d’expansion du pipeline évalué à 7,4 milliards $, en plus de fixer la date-butoir du 31 mai pour qu’une sortie de crise soit trouvée.

«Un chèque en blanc»

Ottawa est prêt à accorder à Kinder Morgan, ou à toute autre entreprise prête à reprendre le flambeau, «une indemnité contre tout retard non nécessaire [...] qui serait motivé par des considérations politiques», a annoncé mercredi le ministre des Finances, Bill Morneau.

Le ministre n’a jamais voulu préciser combien pourrait coûter l’initiative au trésor public.

«Les contribuables ne devraient pas devoir payer la facture de l’échec du premier ministre Trudeau», a critiqué la porte-parole conservatrice dans ce dossier, Shannon Stubbs, exigeant un véritable plan pour que l’expansion de Trans Mountain se concrétise.

«Les libéraux donnent un chèque en blanc à une compagnie pétrolière du Texas. Ce sont des profits privés, et des risques publics», a dénoncé de son côté le chef néodémocrate Jagmeet Singh, pour qui l’oléoduc ne doit pas être bâti.

Le Groupe parlementaire québécois, le Bloc québécois et le Parti vert ont unanimement décrié ce financement offert à l’entreprise basée à Houston.

Kinder Morgan Canada, dont les actionnaires étaient réunis mercredi à Calgary, en Alberta, a dit «apprécier» le geste du ministre Morneau. La compagnie a toutefois précisé ne pas être encore «alignée» avec le gouvernement et que son ultimatum tenait toujours.

Un comportement «anticonstitutionnel»

Le grand argentier du pays s’en est pris plusieurs fois au premier ministre britanno-colombien, John Horgan, mercredi, jugeant son comportement «anticonstitutionnel».

M. Horgan a répliqué en accusant le fédéral de l’utiliser comme bouc émissaire.

Il s’est récemment adressé à la Cour suprême de la Colombie-Britannique pour faire valider l’autorité provinciale en matière d’environnement dans ce dossier. Ottawa fait valoir de son côté la compétence fédérale sur les projets transfrontaliers.

En Alberta, où on mise sur la construction du pipeline afin d’acheminer davantage de pétrole vers la côte Pacifique, la première ministre Rachel Notley a qualifié la volonté du fédéral d’indemniser Kinder Morgan «d’étape importante».

Sauver la face

Qu’à cela ne tienne, l’initiative fédérale n’a rien pour rassurer les investisseurs, d’après le professeur Éric Pineault, car Trans Mountain est de moins en moins attrayant.

Depuis la présentation du projet d’expansion du pipeline en 2013, le prix du pétrole a baissé, la demande asiatique a été réévaluée à la baisse et la production de pétrole a bondi aux États-Unis, a notamment rappelé M. Pineault.

«L’annonce d’indemnisation vise à sauver la face. On pourra dire qu’on a tout essayé si le projet échoue», a-t-il analysé.

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