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Ordre de Montréal

Ces trois Montréalais ont changé la métropole à leur façon

Sarah Daoust-Braun | Agence QMI

 - Agence QMI

Trois Montréalais au parcours remarquable et inspirant recevront jeudi le titre de commandeur, le grade le plus élevé de l’Ordre de Montréal. Pour l’occasion, le «24 Heures» s’est entretenu avec le médecin et chercheur Michel Chrétien, l’avocat et ancien vice-président du Comité international olympique Richard Pound, et la gestionnaire Louise Roy.

1) Michel Chrétien – le scientifique

Alors qu’il vient de faire son entrée dans le «Petit Larousse», le médecin Michel Chrétien poursuit tous les jours depuis 1967 ses recherches à l’Institut de recherches cliniques de Montréal, malgré son âge vénérable de 82 ans.

«Si Dieu veut me garder en vie, je serai là encore longtemps», a lancé l’endocrinologue, qui se spécialise dans l’étude des hormones.

Né à Shawinigan de parents modestes et défenseurs de l’éducation, le frère de Jean Chrétien a mené des études à l’Université de Montréal et à McGill, ainsi qu’aux prestigieuses écoles de Harvard, Berkeley et Cambridge.

Étudiant à Berkeley, c’est par un pur – et heureux – hasard qu’il découvre le processus d’activation et de fabrication de certaines hormones et met au point sa «théorie des prohormones», qui le suivra tout le reste de sa vie. «Ça nous permet de mieux comprendre les maladies métaboliques: on parle beaucoup de diabètes, d’obésité, du syndrome métabolique», a-t-il expliqué.

Plus tard, en 1990, il codécouvre les enzymes «convertases», qui aident au découpage des prohormones, ce qui permet de préciser sa théorie. Le chercheur est aussi derrière la découverte en 1976 des béta-endorphines humaines, sur lesquelles il travaillait depuis près de 10 ans sans le savoir, un des moments marquants de sa carrière ponctuée de hasards.

«La science, c'est comme les grandes pyramides égyptiennes. C’est une pierre à la fois, qui sont ajoutées une par-dessus l’autre. Et toutes les pierres sont importantes», a-t-il souligné, heureux d’apprendre tous les jours et de faire avancer la science depuis plus de 50 ans.

2) Richard Pound – le sportif

Richard Pound a débuté sa carrière comme nageur avant d’atteindre les hautes sphères du Comité olympique canadien (COC) et du Comité international olympique (CIO).

Originaire de l’Ontario, l’homme de 76 ans a vécu de 6 ans à 14 ans dans la petite ville d’Ocean Falls au nord de la Colombie-Britannique, accessible seulement en bateau ou en avion.

C’est là qu’il a pu faire ses premières longueurs dans la piscine du coin, alors qu’il était au départ terrifié par l’eau. Cette découverte de la nage l’a mené plus tard aux Jeux d’olympique de Rome en 1960. «C’était la première fois que j’allais en Europe et que je réalisais que je faisais partie d’une équipe olympique, c’était remarquable», s'est-il souvenu, assis à son bureau du cabinet d’avocats Stikeman Elliott.

Même s’il n’a pas remporté de médaille, l’avocat spécialisé en fiscalité a tellement aimé son expérience qu’il a continué de s’impliquer dans le monde olympique.

Président du COC de 1977 à 1982 et vice-président du CIO de 1987 à 1991 et de 1996 à 2000, il a contribué à enrichir le CIO en négociant les droits de télédiffusion à partir des jeux de Calgary de 1988. Selon Richard Pound, pour ces jeux, 309 millions $ ont été récoltés en droits américains, soit trois fois les droits de l’édition précédente. Les États-Unis représentaient presque 95 % de l’auditoire à l’époque.

Ce dernier a aussi présidé l’enquête sur la corruption dans l’attribution des Jeux olympiques de Salt Lake City, et fondé en 1999 l’Agence mondiale antidopage basée depuis 2002 à Montréal.

Richard Pound, qui termine l’écriture d’un nouveau livre sur la Cour suprême, reste humble et attribue simplement son succès à sa chance «d’être à la bonne place au bon moment».

3) Louise Roy – la dirigeante

Après un baccalauréat, une maîtrise et un doctorat en sociologie, Louise Roy ne se destinait pas du tout à une carrière en gestion et en gouvernance.

«C’est un concours de circonstances! J’étais vraiment intéressée par les questions urbaines et de transport», a raconté la femme de 70 ans née à Québec, qui habite à Montréal depuis l’âge de huit ans.

Après avoir occupé des postes dans l’administration publique, cette dernière a été nommée en 1985 à l’âge de 37 ans à la tête de la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal (ancien nom de la STM), qu’elle a dirigée pendant sept ans.

Pendant son mandat, elle a mis en places des programmes d’égalité pour favoriser l’embauche de femmes et de personnes issues de minorités visibles, qui se faisaient rares à l’époque. En changeant les critères d’embauches pour les postes de chauffeurs d’autobus et en misant sur la publicité, elle a réussi à engager à partir de 1987 près de 500 femmes rapidement.

«Pour moi, c’est une percée, on a été pionniers», a-t-elle souligné, fière de son coup. Elle a ensuite fait le saut pendant quatre ans à la vice-présidence exécutive d’Air France à Paris, où ses élans pour promouvoir l’égalité ont été réfrénés. «C’est un autre contexte culturel. Fixer des objectifs, ça ressemble un peu à des quotas et les gens n’étaient pas ouverts», s'est-elle rappelée.

Louise Roy est depuis 10 ans chancelière de l’Université de Montréal, un poste qu’elle quittera le 1er juin, et a aussi été présidente du Conseil des arts de Montréal de 2006 à 2012, tout en siégeant à plusieurs conseils d’administration.

Elle ne croit pas qu’elle serait aujourd’hui la même femme sans son passage à l’université. «Mon père me disait toujours que je n’allais pas avoir d’héritage, alors c’était important d’aller à l’école. Mon père est décédé quand je venais d’entrer à l’université à l'âge de 20 ans.»

Les autres lauréats de l’Ordre

Officiers: Joséphine Bacon, Angèle Dubeau, Marisa Ferretti Barth, Ratna Ghosh, Jacques Girard, Morton Minc

Chevaliers: Sabariah Binti Hussein, Anik Bissonnette, Nathalie Bondil, Pascal Assathiany, Doudou Boicel, Louis Vachon, Jonathan Wener, Michel Lemieux et Victor Pilon

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