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85 témoignages

Pratiques abusives d'un gynécologue: USC accusée d'avoir été trop lente à agir

AFP

Campus of the University of Southern California

Fotolia / Campus de l'Université de la Californie du Sud

L'université USC à Los Angeles était dans la tourmente jeudi, accusée d'avoir été trop lente à agir face aux accusations de pratiques sexuelles abusives d'un de ses anciens gynécologues.

L'Université de Californie du sud, l'une des plus prestigieuses de l'Etat, a déjà reçu plus de 85 témoignages --la moitié anonymes-- sur un ancien gynécologue émanant d'étudiantes actuelles et passées, tandis que la Commission médicale californienne enquête sur ces faits présumés.

USC dit avoir contacté la police de Los Angeles, dont un porte-parole a précisé à l'AFP ne pas avoir d'enquête en cours sur les agissements du docteur.

Les accusations contre le docteur George Tyndall, 71 ans, remontent jusqu'aux années 1990, signalées notamment par les infirmières qui assistaient à ses examens médicaux.

Il aurait pris de nombreuses photos des organes sexuels de ses patientes et aurait touché les parties génitales avec des mouvements de va-et-vient en affirmant qu'il voulait voir si son spéculum, un instrument médical, pourrait entrer dans le vagin.

Le docteur est aussi accusé d'avoir fait de nombreux commentaires sur leur tonicité interne, l'apparence de leur corps et de leurs organes sexuels, selon des témoignages recueillis par le Los Angeles Times, qui a révélé mercredi l'affaire.

«Tu seras géniale pour le sexe», aurait-il ainsi dit à une ancienne étudiante citée anonymement par le Los Angeles Times.

«J'ai honte d'avoir laissé ça m'arriver», ajoute-t-elle, mais encore plus, elle est «en colère qu'USC ait laissé ça arriver».

Le médecin, diplômé de l'université médicale de Pennsylvanie, a nié ces accusations auprès du journal et de l'université, affirmant que sa façon d'examiner les patientes était médicalement justifiée.

Il n'était pas joignable jeudi.

D'après le Los Angeles Times, le gynécologue visait surtout les étudiantes chinoises, qui sont très nombreuses à l'USC.

Le consulat de Chine a demandé à l'université, dans un communiqué à la presse, «de traiter l'affaire sérieusement, d'enquêter et de prendre des mesures concrètes pour protéger les étudiants chinois».

Le scandale rappelle celui de Larry Nassar, l'ex-médecin sportif de l'université d'État du Michigan (MSU) condamné à 175 ans de prison maximum pour avoir agressé sexuellement plus de 300 anciennes jeunes sportives, dont des championnes olympiques de gymnastique.

D'anciennes étudiantes d'USC, comme Ariel Sobel, discutaient à présent activement entre elles de leurs souvenirs d'interactions avec le praticien, et se demandaient si elles ont été abusées ou pas.

Ariel Sobel a ainsi écrit sur Facebook que M. Tyndall «a été mon gynécologue. Il traitait apparemment 16 femmes par jour. J'ai été chanceuse de ne pas avoir été agressée par lui», détaille-t-elle, mais elle se souvient de lui «faisant des commentaires bizarres sur les lesbiennes».

Elle reproche à l'université de ne pas avoir informé les étudiantes plus tôt: «Au lieu de ça, ils ont étouffé» l'affaire.

Mercredi, le président d'USC, C. L. Max Nikias, avait déploré dans une lettre aux étudiants et employés que l'enquête interne sur le docteur Tyndall en 2016 «a révélé qu'il y avait eu des plaintes antérieures, et que l'ancien directeur du centre médical a choisi de les gérer de manière indépendante».

Des accusations de propos racistes tenus par le docteur Tyndall datant de 2013 avaient été transmises au bureau de l'équité et de la diversité (OED), qui n'a «pas trouvé de preuves concluantes qu'il y avait eu des violations aux politiques» en vigueur.

C'est lorsqu'une infirmière frustrée par l'inaction de l'université a porté l'affaire devant le bureau de prévention des viols en 2016 que la direction a finalement mis en congé M. Tyndall, avant de mettre fin à son contrat en juin 2017.

Le gynécologue a d'abord dit qu'il allait prendre sa retraite avant de demander en début d'année à recouvrer son poste, menaçant de poursuivre l'université, qui a alors contacté la Commission médicale californienne.

M. Nikias a reconnu «qu'avec le recul, nous aurions dû le faire huit mois plus tôt».

Le département médical d'USC, Keck School of Medicine, s'est déjà retrouvé en 2017 au coeur d'un scandale quand le Los Angeles Times a révélé que Carmen Puliafito, son ancien doyen, avait entretenu pendant des années des relations avec des criminels et consommateurs de drogue avec lesquels il prenait des méthamphétamines entre autres.

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