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Recommandations ignorées des coroners

«Échec monumental» de la gestion de la santé mentale au Québec

Kathryne Lamontagne et Nicolas Saillant | Agence QMI 

La gestion de la santé mentale au Québec est un «échec monumental depuis la désinstitutionnalisation», dénonce le coroner en chef adjoint Luc Malouin, dont plusieurs des recommandations visant à améliorer la situation sont demeurées vaines à ce jour.

«Le Journal de Montréal» a passé les six derniers mois à éplucher plus de 1300 rapports du coroner afin de vérifier si les recommandations qu’ils contenaient avaient été appliquées. Entre 2012 et 2017, une partie importante de ces propositions était destinée au système de santé.

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«C’est épouvantable, la santé mentale», affirme sans détour Me Malouin, qui a fait de cette question une priorité. «Dans les prochaines années, un Québécois sur cinq va avoir un problème de santé mentale. Ça peut être une dépression, mais ça peut être une belle schizophrénie qui va finir comme Alain Magloire», plaide-t-il.

Abattus par des policiers

Alain Magloire, 41 ans, a péri sous les tirs policiers à Montréal, en 2014. Trois ans avant, Mario Hamel avait perdu la vie dans des circonstances similaires dans la métropole. Et en 2017, Pierre Coriolan a été abattu par le Service de police de la Ville de Montréal. Tous ces cas de santé mentale ont été ou sont à l’étude par les coroners.

À la suite du décès d’Alain Magloire, Me Malouin a notamment recommandé la mise sur pied d’une «clinique médicale urbaine» pour traiter les personnes itinérantes et celles souffrant de maladie mentale. Aucun plan n’existe à cet effet. «Je vais prendre ma retraite et la clinique ne sera pas faite», se résigne-t-il.

Pour le coroner Jean Brochu, qui a enquêté sur le décès de Mario Hamel, les améliorations sont limitées. «Il y a un problème en santé mentale, c’est clair. C’est un problème en constante évolution, pour lequel on n’a pas tellement de ressources. Parce que nos morts ne votent pas. Et les itinérants non plus», souligne-t-il.

Pistolet taser

Certains services de police se sont équipés de pistolets de type Taser, comme recommandé par plusieurs coroners, dont le Dr Brochu en 2012. «Si tu n’as pas carrément affaire avec un bandit, tu as affaire avec quelqu’un qui est en détérioration mentale. Ça ne donne rien de tirer dessus», illustre-t-il.

Mais le pistolet Taser ne peut régler à lui seul la question de la santé mentale, reconnaît le coroner Brochu. «Ce qu’on dit, c’est que tu ferais mieux de tirer sur quelqu’un avec un Taser qu’avec un 9 mm. Mais l’idée, ça serait de ne pas tirer dessus du tout», précise-t-il.

Même son de cloche du côté du coroner Malouin. «Au moins, les gens en crise ne vont pas tomber sous les balles. Mais c’est un placebo. Et j’aimerais mieux qu’on prenne ces millions-là et qu’on les mette en santé mentale», dit-il.

Pour le frère d’Alain Magloire, il est plutôt temps que la classe politique fasse preuve de volonté et agisse en matière de santé mentale.

«Il faut que quelqu’un se réveille. Ça prend quelqu’un qui a des couilles», insiste Pierre Magloire.

Souvent, lors de décès médiatisés, le gouvernement fera toutes sortes d’annonces pour améliorer la situation, illustre-t-il. Mais des mois plus tard, rien ne change vraiment, selon lui.

«C’est des écrans de fumée. Souvent, c’est ce qui se passe. Puis, oups! ça s’éteint», déclare-t-il, déplorant qu’il faille toujours «plus de morts pour choquer l’opinion publique».

Actions insuffisantes

À la suite des décès d’Alain Magloire et de Mario Hamel, le Service de police de la Ville de Montréal a mis sur pied deux équipes d’urgence psychosociales (ESUP), une de jour et une autre de soir. Depuis 2012, 259 policiers ont été formés en réponse en intervention de crise (RIC).

Ces résultats sont toutefois très loin des balises fixées par les coroners, qui exigeaient davantage de ressources en la matière.

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