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Moyen-Orient

Israël joue la carte du désert pour attirer les touristes

Stephen Weizman | Agence France-Presse

Les idéologues sionistes et David Ben Gourion, père fondateur de l'État d'Israël, voulaient faire fleurir le désert. Aujourd'hui Israël ambitionne de faire un fleuron touristique de ses vastes étendues dépeuplées.

Vaste coin enfoncé entre le Sinaï égyptien et la Jordanie jusqu'à la mer Rouge, couvrant plus de la moitié de la surface du pays, le Néguev est aussi peu peuplé que le nord du pays est dense. Un capital qu'Israël compte bien faire fructifier en proposant aux touristes camping de luxe, hospitalité bédouine et activités de plein air comme le surf sur les dunes.

Pour relier ce nouvel eldorado au reste du monde, un nouvel aéroport international va surgir des sables à 18 km au nord de la station balnéaire d'Eilat sur la mer Rouge et du port jordanien d'Aqaba.

Le tourisme est un secteur en expansion en Israël: 2017 a été une année record avec 3,8 millions de visiteurs étrangers qui ont rapporté 5,8 milliards de dollars, selon le ministère du Tourisme. La plupart des touristes viennent des États-Unis, de Russie, de France, d'Allemagne ou de Grande-Bretagne.

Le ministère voudrait que, dans deux à trois ans, la part du désert du Néguev dans les revenus tirés du tourisme passe de 5 % à 20 %. Il compte plus que doubler le nombre de chambres d'hôtel dans la région, à 5 000 contre 2 000 aujourd'hui.

«Lorsqu'il fait très froid en Europe, disons en décembre, janvier, février, les températures sont douces dans le Néguev», assure Uri Sharon, du ministère du Tourisme, lors d'une tournée avec des journalistes. Un message clair aux touristes européens.

Le Néguev offre un site géologique unique, le «cratère» de Ramon, en fait le plus grand cirque au monde causé non pas par l'impact d'une météorite ou une éruption volcanique, mais par l'érosion.

Salaam El Wadj est né dans cette région et y a ouvert un campement où il vit avec sa femme, ses enfants et ses chèvres. Il y accueille ses hôtes dans des tentes et les initie à la manière de vivre des Bédouins.

Un mode de vie remis en cause, selon lui, avec l'arrivée des Britanniques il y a un siècle puis la création d'Israël en 1948.

Accueillir des touristes lui permet de préserver cet héritage.

«Ils ne veulent pas seulement dormir dans un camp bédouin, ils veulent apprendre», explique-t-il.

Pour passer d'un camp bédouin à un autre, les randonneurs parcourent environ 12 km dans la journée, sur des chemins aménagés. Leurs bagages sont transférés en voiture.

Près du campement de Salaam El Wadj, Hannah et Eyal Izrael ont planté des vignes sur des terrains en terrasse où les Nabatéens les avaient précédés il y a 2 000 ans.

Sous l'étiquette «Carmey Avdat», ils produisent chaque année 5 000 bouteilles de Merlot, de Cabernet Sauvignon, de Chardonnay et autres cépages.

Pour arrondir ses fins de mois, Eyal Izrael loue des chambres et propose des visites aux alentours. Les curieux peuvent s'initier à la production de vin dans sa cave.

«Il y a constamment des touristes du monde entier, qui viennent explorer, faire des randonnées, goûter notre vin, se balader dans d'autres fermes et déguster du fromage de chèvre», dit-il.

«Le Néguev est un endroit très sûr, un désert accessible et il y fait chaud.»

Les vignes poussent dans un bassin naturel alimenté en eau durant l'hiver par les ruissellements des collines environnantes, abondés par un système d'irrigation moderne qui utilise de l'eau désalinisée de la Méditerranée.

Près du vignoble de « Carmey Avdat » se dresse la ville de Mitzpe Ramon, qui surplombe le «cratère» de Ramon. Là, ceux qui recherchent le calme avec une touche de glamour peuvent louer des tentes de luxe équipées de douche chaude et être servis par un chef personnel.

Quand la nuit tombe sur le cirque, les visiteurs peuvent se pencher sur un puissant télescope et observer les étoiles scintiller dans le ciel noir d'encre, débarrassé de la pollution lumineuse.

Le cœur du Néguev n'est qu'à deux heures de route de l'aéroport international de Ben Gourion, près de Tel-Aviv.

Mais un nouvel aéroport, baptisé Ramon, est en cours de construction et pourrait être opérationnel cet automne selon les médias. Il doit permettre à des gros-porteurs d'atterrir dans le désert. Dans un premier temps, il pourra accueillir 2 millions de passagers par an, et 4,2 millions d'ici à 2030, selon son site internet.

Aujourd'hui, les vols charters atterrissent à l'aéroport d'Ovda, à 60 km d'Eilat.

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