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Santé mentale

Une ex-policière qui a survécu à deux épisodes suicidaires veut sensibiliser ses pairs

TVA Nouvelles

À deux reprises, dans sa carrière de policière, Martine Laurier a vécu deux épisodes suicidaires avec son arme de service. Maintenant à la retraite, elle veut sensibiliser les policiers à l’importance de veiller à leur santé mentale.

Dès son arrivée au Service de police de la Ville de Montréal, en 1988, elle veut faire ses preuves, mais rien n’est facile. Mme Laurier est la première femme dans son équipe de travail, elle n’a pas un gabarit imposant, l’équipement est mal adapté pour elle. Son adaptation n’est pas facile, raconte-t-elle à Denis Lévesque. Sans compter les traumatismes associés à ce qu’elle voit tous les jours.

«Arriver sur une scène de suicide où l'individu s'est carrément fait sauter la cervelle. Et toi, tu vois toute la chair sur les murs, ce n'est pas évident, donne-t-elle en exemple. Tu es appelée là parce que tu es le dernier recours. De se retrouver à courir après des voleurs, l'adrénaline, le stress, le choc; ce ne sont pas des emplois qui sont faciles. Il y a des images qui te restent dans le cerveau.»

À l’époque, elle ne pouvait pas se tourner vers des séances de débrief comme il existe maintenant.

«Il y avait les bouteilles de bière, les bouteilles de rhum, c'était notre psychologue», raconte-t-elle

Vous ou un de vos prochez êtes en détresse? Appelez sans frais le 1 866 APPELLE (277-3553) partout au Québec ou visitez le site web de l'Association québécoise de prévention du suicide pour obtenir de l'aide.

Cirsonstances difficiles

La policière doit aussi vivre avec un trouble anxieux, deux divorces et un enfant qui souffre de trouble de déficit de l’attention et d’hyperactivité. Les horaires variables et des difficultés financières n’aident en rien sa situation.

Arrive un moment dans sa carrière où elle est confrontée à une sanction administrative.

«La police, c'était le seul endroit où je me réalisais. Ma vie personnelle était un échec. Les mariages que j'ai eus, ce que je vivais dans ma vie, c'étaient des échecs.»

Elle vit alors sa première crise suicidaire : pendant une nuit, elle se bat avec l’idée de mettre fin à ses jours, avec son arme de service, chez elle.

«On sait que c'est une solution permanente à un problème temporaire. Mais quand on est dans la noirceur, on n'est pas capable de mettre un genou à terre et de crier à l'aide. On est des polices. Et une police, c'est un héros, ce n'est pas un zéro.»

Ce sont des collègues qui se questionnaient sur son état qui sont venus la trouver chez elle et qui l’ont emmenée en psychiatrie, où elle a passé une dizaine de jours.

Les médecins lui diagnostiquent alors un trouble anxieux avec une difficulté d'adaptation et lui prescrivent un médicament qui l’aide à se remettre sur pied.

Remonter la pente

Survient alors un deuxième épisode suicidaire : après une soirée où elle est sortie avec des amies et où elle a consommé de l’alcool, son médicament ne fait pas effet. Ses pensées noires reviennent la hanter. Elle réussit à appeler son conjoint, qui comprend sa détresse. Ce sont des collègues qui sont venus la désarmer dans le vestiaire du poste de police où elle travaillait.

Leur geste lui a sûrement sauvé la vie, mais aura des impacts sur le reste de sa carrière.

«J'ai été stigmatisée par mes collègues, c'est sûr. Les deux années qui ont suivi, parce qu'on a comme éjecté du poste, on m'a mis à des endroits où je n'aurais pas d'arme à feu. On m'a transféré, en deux ans, à 13 places différentes», raconte la policière à la retraite.

Elle finit par suivre un cours qui lui permet de se diriger vers les enquêtes, où elle a fini sa carrière.

Alors qu’elle est dans la police depuis 26 ans, un de ses collègues et amis, un sergent-détective, se suicide.

«Ça m'a donné un choc. Un choc parce que moi, j'étais rendu à 26 ans et j'avais vu la lumière. J'ai eu comme un appel de dire ‘’Martine, fait quelque chose’’. Et je sais que la seule façon, pour faire de la prévention, c'est d'en parler. Il n'y a pas d'autre prévention. Il n'y en a pas d'autres!»

Depuis, Martine Laurier a créé une conférence de trois heures, conjointement avec le SPVM, où elle raconte son histoire et comment elle a réussi à s’en sortir. Après plus de 150 ateliers, 2000 policiers ont été exposés à l’importance de la santé mentale.

Elle vise les policiers, mais aussi les pompiers, les ambulanciers, les militaires, ainsi que la population en général. Dans son message, elle veut souligner l’importance de se créer un réseau, «un filet de sécurité», qui peut nous aider quand les temps sont durs.

«Je souhaitais qu'on fasse tomber les tabous en santé mentale. Qu'on puisse en parler. Parce que ce n'est pas un signe de folie. C'est une maladie.»

Martine Laurier a démarré un site web et une page Facebook où elle partage aussi de l’information de sensibilisation.

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