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Étude sur l'exploitation sexuelle en Estrie

Une adolescente sur cinq connait une amie qui a déjà eu des liens avec la prostitution

Jasmin Dumas

 - TVA Nouvelles

Une étude sur l'exploitation sexuelle des femmes en Estrie publiée mercredi révèle un constat inquiétant: près d'une adolescente sur cinq connait une amie qui a déjà eu des liens avec la prostitution dans la région.

On savait que ça existait, on en connait maintenant l'ampleur. L'industrie du sexe en Estrie est bien présente. «La prostitution existe sous toutes ses formes et il existe aussi différents mécanismes de recrutement en Estrie», a commenté Marie-Michèle Whitlock, intervenante au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuelle (CALACS) Estrie.

Dix-huit pour cent des adolescentes sondées par le CALACS Estrie connaissent une amie qui a été en lien avec la prostitution. Quarante pour cent en connaissent qui ont déjà reçu une proposition d'échanger du sexe contre de l'argent ou un service.

«Même si, souvent, c'est un échange de service et qu'il n'y a pas de manipulation d'argent, c'est quand même de la prostitution, a expliqué Mme Whitlock. Par exemple, on voit souvent de jeunes fugueuses échanger des faveurs sexuelles contre un logement ou de la nourriture.»

Cette réalité s'étend bien au-delà des limites de Sherbrooke. L'étude menée par le CALACS Estrie démontre que la prostitution est répandue à Magog, Lac-Mégantic, Coaticook et Windsor.

Mais pourquoi? Qu'est-ce qui attire les jeunes femmes dans ce milieu? Sophie Lavoie-Coursolle a longtemps été dans l'industrie.

«Au début, c'est beau, tu fais de l'argent et les hommes te font sentir bien, mais ça ne dure pas longtemps», a-t-elle témoigné à TVA Nouvelles.

Mme Lavoie-Coursolle a réussi à s'en sortir, mais non sans difficultés. «Il n'y a rien de beau là-dedans. Mon proxénète m'a déjà battue et j'ai failli mourir. Ça te détruit intérieurement», a-t-elle poursuivi.

Sophie Lavoie-Coursolle déplore le manque de ressources disponibles pour accompagner les jeunes femmes comme elle à reprendre leur vie en main.

Avec cette étude en main, le CALACS Estrie mettra en œuvre la deuxième phase du projet contre l'exploitation sexuelle, nommée «ÉMERAUDE».

«Cette deuxième phase vise à offrir de la formation aux intervenant-e-s jeunesse et la population générale au sujet de l'exploitation sexuelle des jeunes et les outiller afin de recevoir adéquatement un dévoilement d'une situation d'exploitation sexuelle ainsi qu'à prévenir l'exploitation sexuelle des jeunes filles par la tenue d'activités et d'ateliers visant la compréhension de la problématique ainsi que la réduction des facteurs de risque.»