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Montréal

Condamnée pour avoir dénoncé un «agresseur d’enfant»

Michaël Nguyen | Agence QMI

Une Montréalaise qui avait dénoncé son ex-mari «agresseur d’enfant» a été condamnée à lui verser 900 $ pour diffamation, même si elle disait la vérité.

«Il doit être compensé pour l’atteinte à sa réputation, il faut réparer l’humiliation et le mépris dont il a pu faire l’objet», a récemment déclaré le juge Gilles Lareau de la Cour du Québec.

L’affaire a commencé en juin 2016, soit 12 ans après que le couple se soit séparé après 20 années de vie commune.

La femme, qui ne peut être nommée tout comme l’ex-mari, a alors appris que ce dernier devait participer à un concert-bénéfice pour le Bikers Against Child Abuse [BACA]. Ce groupe se fait un point d’honneur d’aider les enfants maltraités, entre autres en les accompagnant à la cour lors de procédures judiciaires.

Fille battue

Or, l’ex-mari de la femme était lui-même un batteur d’enfant, selon la Montréalaise.

«Empreint à des colères, il s’en serait pris à sa fille, qu’il invectivait régulièrement et pour qui il manifestait du mépris flagrant, peut-on lire dans le jugement. Il rabaissait continuellement la fille en faisant des commentaires désobligeants sur son poids et son apparence.»

Lors du procès civil, la fille, maintenant adulte, avait confirmé la version de sa mère. Elle a ajouté qu’en l’absence de cette dernière, son père en profitait pour «la frapper au visage, lui tirer les cheveux, surtout quand elle avait l’audace de lui répondre».

«Elle dit avoir vécu l’enfer pendant une période de six ou sept ans, jusqu’à ce que le couple se sépare», explique le juge.

Dès que le groupe BACA a appris qu’un des musiciens de leur concert était un batteur d’enfant, les membres du conseil d’administration ont annulé l’événement. Le groupe musical s’est par la suite dissous.

Humiliation

L’ex-mari, mécontent de «l’humiliation et le stress», a intenté une poursuite en diffamation de 30 000 $ contre la Montréalaise.

Cette dernière s’est défendue en plaidant que ses propos étaient véridiques et que ses intentions n’étaient pas malicieuses, mais elle a tout de même perdu.

«La bonne foi de l’auteur de l’acte diffamatoire n’est pas pertinente dans la détermination de sa responsabilité civile», rappelle le juge.

Le magistrat a finalement tranché que la femme avait posé un geste répréhensible à la réputation de son ex-mari, puisque «rien ne justifiait qu’elle identifie» son ex-mari, alors qu’elle disait avoir contacté le BACA pour obtenir de l’aide pour sa fille.

Le juge a finalement condamné la Montréalaise à verser 900 $ à son ex-mari, «sans aucunement vouloir diminuer la gravité des gestes de violence physique subis par la fille aux mains de son père pendant les années où ce dernier souffrait d’un grave problème de dépendance».