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Libre-échange

Le Canada confiant malgré le refus de Rome de ratifier l'accord avec l'UE

Agence France-Presse

L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada (CETA), qui nécessite l'approbation de tous les Parlements de l'UE, est en péril: l'Italie refuse de le ratifier, estimant qu'il ne protège pas suffisamment les appellations d'origine contrôlée.

Le CETA, signé en octobre 2016 entre l'UE et le Canada et approuvé en février 2017 par le Parlement européen, doit être ratifié par chaque Parlement des 28 pays de l'Union européenne (UE) pour être valide.

Or, l'Italie, qui vient de se doter d'un nouveau gouvernement antisystème, a annoncé jeudi qu'elle n'entendait pas y apposer son paraphe.

«Nous ne ratifierons pas l'accord de libre-échange avec le Canada parce qu'il ne protège qu'une petite partie de nos AOP (appellations d'origine protégée) et de nos IGP (indications géographiques protégées)», a expliqué le ministre italien de l'Agriculture, Gian Marco Centinaio, dans un entretien à La Stampa.

«Nous demanderons au Parlement de ne pas ratifier ce traité et d'autres similaires au Ceta. Tout ceci est prévu dans le contrat de gouvernement», conclu entre la Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), majoritaires au Parlement, a-t-il précisé.

«Il s'agit pas seulement d'une position des souverainistes de la Ligue, mais les doutes sur cet accord sont communs à de nombreux collègues européens», a noté M. Centinaio, membre de la Ligue de Matteo Salvini.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a néanmoins dit rester «confiante d'avoir une pleine ratification en fin de compte», après celle mercredi de l'Autriche.

Le CETA «est déjà entré en application de manière provisoire» depuis le 21 septembre et «cela signifie que près de 100 % de son impact économique est déjà ressenti par les Canadiens et les Européens», a-t-elle relevé.

La ministre a souligné que le gouvernement canadien avait «eu de bonnes discussions sur le CETA avec le chef du gouvernement italien (Giuseppe) Conte à Charlevoix», lors du sommet du G7 le week-end dernier, «et nous sommes impatients de poursuivre cette discussion».

Si l'accord n'était pas ratifié, cela marquerait un revers majeur pour le Canada qui a un besoin crucial de diversifier ses marchés vu le repli protectionniste actuel des États-Unis, son premier partenaire commercial.

Ce traité suscite de vives polémiques dans plusieurs pays de l'Union européenne où ses adversaires mettent notamment en garde contre les risques sanitaires et environnementaux qu'il pourrait entraîner.

Des oppositions se sont notamment fait entendre en France, dans la région belge de Wallonie et en Italie.

Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire en France, s'est félicité de l'annonce de Rome.

«C'est une très bonne initiative de sa part qui devrait donner des idées aux Français. Cela fait longtemps que la France aurait dû s'opposer à cet accord comme aux autres: Mercosur, accords avec l'Australie ou la Nouvelle-Zélande», a-t-il déclaré à l'AFP.

Un retrait de l'Italie, «ça fait tout capoter et ça éviterait de se prendre 60 000 tonnes de viande» venant du Canada, a-t-il ajouté.

Il a dit espérer que «le gouvernement français aura (désormais) plus de courage et aura entendu notre message après les trois jours de blocage» de raffineries et dépôts de carburant pour protester contre les importations «distorsives» et les accords internationaux.

Même satisfecit du côté de la Coldiretti, le principal syndicat des agriculteurs italiens.

C'est «un choix juste devant un accord mauvais et dangereux pour l'Italie», a estimé son président, Roberto Moncalvo.

Selon la Coldiretti, le Ceta, «pour la première fois dans l'histoire de l'Union européenne», légitime «la piraterie alimentaire des produits Made in Italy les plus précieux, en donnant explicitement le feu vert à des imitations qui exploitent les produits typiques nationaux», comme le Prosciutto de Parme ou le parmesan.

Le CETA a pour le moment été ratifié par une dizaine de pays.

Interrogée sur l'annonce italienne, une porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a souligné que la Commission travaillait « étroitement avec (ses) États membres pour faire en sorte que (les) politiques de commerce soient mutuellement bénéfiques ».

«Le Conseil européen et le G7 à plusieurs reprises en présence de nos leaders européens ont confirmé cette priorité», a-t-elle ajouté.

Pour éviter les difficultés connues avec le CETA, les ministres du Commerce de l'UE ont validé en mai une nouvelle approche dans la conclusion des futurs accords commerciaux qui permettra de se passer, selon les cas, de leur ratification par les Parlements nationaux afin d'accélérer les discussions.

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