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Il attend depuis 30 ans

Il espère découvrir la vérité sur ses parents biologiques

Vincent Larin | Journal de Montréal

Un homme de Laval attend sous peu la nouvelle la plus importante de sa vie : savoir si ses parents biologiques sont toujours vivants.

« Des fois, je m’imagine croiser leurs regards dans la rue », lâche Vincent Dulude, attablé devant une pile de papiers et de photos d’enfance.

Grâce à la loi 113, entrée en vigueur samedi, M. Dulude pourra connaître l’identité de ses parents biologiques, ou du moins, il pourra savoir s’ils encore en vie, d’ici quelque temps.

A-t-il des frères et sœurs ?

Tout ce que l’homme de 58 ans sait d’eux ou presque tient sur deux feuilles anonymes. C’est un centre jeunesse de Québec qui a récupéré les documents de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, où il avait été donné en adoption, qui a accepté de les lui remettre. Celles-ci détaillent ses deux géniteurs au moment où il n’avait même pas un an.

Sa mère, 22 ans au moment des faits, avait une intelligence supérieure et était institutrice de campagne, peut-on y lire. Son père avait 32 ans, fumait, était commis-vendeur de profession et prompt de caractère.

« C’est exactement moi! » s’exclame Vincent Dulude à propos de ce dernier point.

Mais surtout, sa génitrice, qui avouait être déchirée à l’idée de devoir abandonner son fils, affirmait vouloir marier l’homme qui l’avait mise enceinte.

Pas trop optimiste

« Se sont-ils mariés, ont-ils eu des enfants ? C’est ce que je veux savoir », s’exclame M. Dulude, qui espère que lever le voile de ce mystère qui plane sur la vie de ses parents biologiques lui permettra d’ouvrir un nouveau chapitre dans la sienne.

« Je suis optimiste, mais pas trop », raconte-t-il, visiblement inquiet de tomber dans un cul-de-sac ou encore que ses parents adoptifs aient donné de faux noms.

C’est après la mort de son père adoptif, en 1989, que le grutier de formation a entrepris des démarches sérieuses pour les retrouver.

« Je l’ai fait dans le dos de ma mère [adoptive], parce que je ne voulais pas lui faire de la peine », dit-il, un trémolo dans la voix, plus de 10 ans après la mort de cette dernière.

Pilote comme son père

L’idée de retrouver de potentiels frères et sœurs le hante bien sûr, mais c’est aussi l’idée de connaître l’histoire de ses vrais parents qui le pousse à aller plus loin, raconte-t-il.

Une des seules autres informations qu’il a obtenues à ce jour, outre le fait que son premier prénom était Grégoire, lui est venue sans qu’il s’y attende, d’une tante qui avait bien connu sa mère adoptive.

« Elle m’a dit que mon père était pilote. Ça m’a agréablement surpris parce que je suis moi-même pilote », s’exclame celui qui fut propriétaire de trois petits avions.

« Je pense que les gens qui n’ont pas été adoptés ont de la misère à comprendre ce que nous vivons, regrette-t-il. C’est comme une porte ouverte où il n’y a rien. »

Cheminement d’une demande

1. L’enfant adopté pourra remplir un formulaire en s’adressant au CISSS de la Montérégie. Il est possible de le faire par courriel ou par téléphone.

2. Si ses parents biologiques sont décédés, il pourra éventuellement connaître leur identité.

3. Si les parents sont toujours vivants, ils ont un an pour s’inscrire à une liste indiquant qu’ils souhaitent que leur identité soit révélée ou non.

Comme des milliers de Québécois

Des centaines de milliers d’enfants pourraient bien apprendre la véritable identité de leurs parents biologiques dans les jours à venir.

C’est le fruit du travail de l’organisme Mouvement retrouvailles qui œuvre depuis près de 20 ans afin d’obtenir ce privilège pour les enfants québécois adoptés.

« Tout ce qu’on veut savoir, c’est notre identité réelle et si possible, rencontrer nos parents biologiques », explique sa présidente, Caroline Fortin, qui a elle-même retrouvé sa mère biologique il y a plusieurs années de cela.

Le facteur médical entre aussi en compte, ajoute-t-elle, puisque plusieurs personnes adoptées ne savent tout simplement pas si elles pourraient avoir développé des malades héréditaires.

« Ce n’est pas un point à dédaigner, de savoir ce qu’on transmet à nos enfants », indique Mme Fortin.

Le combat continue

Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle loi 113, l’identité des parents d’enfants adoptés décédés il y a plus d’un an sera automatiquement dévoilée à leur progéniture.

Ceux qui sont toujours en vie ont un an pour s’inscrire à un registre afin de conserver leur anonymat, mais leur identité sera tout de même dévoilée à leur mort.

À l’origine, les personnes adoptées ne pouvaient accéder à ces informations, et ce, même si les parents biologiques étaient décédés ou simplement introuvables. Pour contourner la situation, les parents devaient consentir explicitement à ce que ces renseignements soient transmis.

On évalue à près de 300 000 les personnes qui ont été confiées à l’adoption entre 1920 et 1970 au Québec.

Mais le combat est loin d’être terminé pour le Mouvement retrouvailles.

« Avec [la loi 113] plusieurs personnes auront les noms et le prénom [de leurs parents biologiques], mais il y a des gens qui ne réussiront pas à avoir des informations et des frères et des sœurs et qui ne pourront se retrouver facilement », explique Caroline Fortin, ajoutant que l’organisme est encore loin de disparaître.

 

 

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