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Floride

La lente montée des océans coûtera des milliards

Kerry Sheridan | Agence France-Presse

Miami Beach

AntonioLopez - stock.adobe.com

Sur les côtes de Floride, le marché immobilier est en pleine forme malgré les inondations à répétition. Des dizaines de milliers de maisons sont à risque, bien qu'elles ne soient pas officiellement classées en zones inondables, alerte un nouveau rapport publié lundi.

À seulement quelques blocs des plages, juste en dehors des zones inondables, les promoteurs s'activent à construire des maisons qui n'ont pas d'obligation légale de souscrire une assurance inondation, une économie à court terme qui présage un désastre économique à long terme.

Rien qu'en Floride, 64 000 maisons, d'une valeur totale de 26 milliards de dollars, risquent des inondations chroniques dans les 30 prochaines années, la durée habituelle des emprunts immobiliers aux États-Unis prévient le rapport publié par l'Union of Concerned Scientists (UCS), une organisation scientifique américaine.

Dans l'ensemble des États-Unis, 311 000 maisons côtières, d'une valeur de 120 milliards de dollars, présentent un risque d'inondations chroniques d'ici 2045, selon le même rapport.

Ce risque d'inondations n'a rien à voir avec les ouragans et les tempêtes: le danger vient des marées hautes, de plus en plus hautes, quand l'eau se déverse dans les rues, sur les trottoirs, dans les magasins et les maisons - même par beau temps.

«Ce risque est à relativement court terme, bien avant que tout soit complètement inondé, et cela peut arriver sans tempête», explique Rachel Cleetus, économiste à l'UCS.

Or le marché immobilier ne prend pas en compte ces risques, dit la chercheuse, qui avertit qu'une correction économique est «inévitable».

L'organisation a publié sur son site une carte montrant les zones réellement à risque selon elle, sur la base d'un scénario de forte montée des eaux. Pour les propriétaires, dont la maison est souvent la possession la plus importante, il est nécessaire de prendre en compte le haut de la fourchette de risque, dit Rachel Cleetus

Des inondations chroniques sont définies comme se produisant au moins 26 fois par an.

En Floride, le niveau des océans devrait monter de 55 centimètres d'ici 2045, et 1,95 m d'ici 2100, selon ce scénario - alors que l'altitude moyenne dans l'État est d'environ 1,80 m, et que beaucoup d'endroits sont en-dessous de zéro.

«C'est une catastrophe au ralenti», résume l'économiste.

Miami, la baie de Tampa et les très touristiques îles Florida Keys sont les plus exposées. Des quartiers entiers pourraient être inondés de façon permanente, un coût astronomique pour les propriétaires mais aussi pour les municipalités, qui perdraient en population et en recettes fiscales.

Le problème est que les acheteurs de maisons ne prennent en compte que les cartes de l'État fédéral américain, qui n'ont souvent pas été remises à jour depuis des années ou des décennies.

À Sarasota, nombre d'habitants disent ne pas avoir besoin d'assurance inondation car ils ne sont pas dans les zones inondables officielles.

Une décision absurde, s'évertuait à expliquer récemment Desiree Companion, experte en inondations du comté de Sarasota, lors d'une réunion publique.

Elle a raconté aux sept participants que les cartes fédérales sont fondées sur un risque de précipitations de 25 centimètres en 24 heures, un événement météorologique censé arriver une fois par siècle. L'an dernier, l'ouragan Harvey a déversé 129 cm en 24 heures sur le Texas.

«Tout le monde est en zone inondable», lance-t-elle.

Ce n'est pas seulement la faute du gouvernement fédéral, nuance Jeffrey Huber, professeur à l'école d'architecture de la Florida Atlantic University.

«Les agents immobiliers ne sont nulle part obligés de dire aux acheteurs que leur maison est vulnérable face à la montée du niveau des océans», dit-il à l'AFP, blâmant également les municipalités.

«Les gens ne sont pas assez informés», regrette-t-il.

Une solution existe: limiter les émissions de gaz à effet de serre, et donc le réchauffement de la planète et la fonte des glaces, ce qui est l'objectif de l'accord de Paris sur le climat.

Selon Astrid Caldas, scientifique de l'UCS, 85% des propriétés à risque pourraient être sauvées si l'objectif de l'accord de Paris de limiter à 2 degrés le réchauffement de la planète était atteint.

Mais le président américain Donald Trump a sorti les États-Unis de l'accord l'an dernier.

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