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Deuxième saison de «Victor Lessard»

Patrice Robitaille : le succès, c'est fragile

Michèle Lemieux | Agence QMI

Dario Ayala / Agence QMI

À l’adolescence, l’évidence s’est imposée d’elle-même: Patrice Robitaille n’allait pas oeuvrer dans un domaine lié aux sciences... Quel bonheur pour nous! En 20 ans de carrière, le comédien a multiplié les projets au théâtre, au cinéma et à la télé.

Patrice, que pouvez-vous nous dire à propos de la deuxième saison de Victor Lessard?

C’est une série haletante. Encore une fois, l’intrigue est complexe. Ce n’est pas de la télé paresseuse, et je pense que c’est la raison pour laquelle les gens raffolent de cette série et aiment la regarder en rafale. Dans la deuxième saison, nous enquêtons sur la mort d’un haut gradé de la police. Sur un plan plus personnel, Victor va se questionner sur le mal, notamment le mal qu’il a vécu durant sa propre enfance. Il sera à nouveau en contact avec son père.

Pouvons-nous évoquer le drame de son enfance?

On le sait déjà; son père a tué sa mère et son frère. Victor cherche à saisir la mécanique cérébrale d’une personne violente; il souhaite expliquer ce qui se passe dans un cerveau qui disjoncte. Il va essayer d’exorciser les fantômes de son passé tout en progressant dans l’enquête en cours.

Comment décririez-vous ce personnage troublé qu’est Victor?

Il est ténébreux. C’est agréable, car je n’ai pas souvent campé des personnages comme celui-là. Habituellement, mes personnages sont plus extravertis. Avec Victor, il y a une espèce d’économie de moyens et de mots. Bien qu’il soit présent dans plusieurs scènes, il ne parle pas pour ne rien dire. C’est un gars qui est beaucoup dans la réflexion. Quand il prend la parole, ses mots ont un poids. C’est un super beau personnage à défendre!

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a incité à exercer ce métier?

J’ai su dès l’adolescence que je voulais faire ce métier. Je blague toujours en disant que c’est arrivé quand j’ai étudié la chimie et la physique... Certaines portes se sont alors refermées d’elles-mêmes, car j’ai compris que je devais mettre de côté tout ce qui nécessitait un volet scientifique.

Y a-t-il eu des émissions phares qui ont marqué votre jeunesse?

Il y en a eu plusieurs. J’étais vraiment un adepte de la télé et je le suis resté. Je regarde encore la télé comme en 1982: je m’installe devant mon écran, je fouille, je regarde ce qu’on a à m’offrir. J’ai des souvenirs incroyables d’émissions que je regardais. Je me souviens du temps où je suivais «Terre humaine». J’ai aussi tripé sur «Jamais deux sans toi», «Les héritiers Duval», «Le temps d’une paix», «Lance et compte»...

Les grandes séries qui ont fait les belles heures du Québec, quoi!

Oui. J’ai aussi adoré «Omertà» et j’écoutais «Les dames de cœur» avec mes parents. J’aimais ça. Je pense que je faisais de la projection...

Et comment a-t-on accueilli votre décision de devenir acteur? Votre choix a-t-il jeté vos parents dans un grand désarroi?

Non, pas du tout. Chez nous, c’était clair: mes parents me disaient de me garder des portes ouvertes, parce que c’est un milieu difficile. Ils me suggéraient d’avoir des plans B et même des plans C. Comme c’était ce que je voulais faire, ils m’encourageaient à essayer. Si ça ne fonctionnait pas, je n’allais pas me retrouver le bec à l’eau, car j’allais avoir des études. Mes parents m’ont incité à aller à l’université.

Dans quel domaine avez-vous poursuivi vos études?

En communication. Je voulais devenir concepteur publicitaire; c’est ce qui m’intéressait. Puis, j’ai fait des auditions et je suis entré au Conservatoire de Montréal. Ça fait 20 ans que j’en suis sorti et que je travaille.

Qu’est-ce que ça vous fait de penser que vous avez 20 ans de métier? C’est une belle réussite!

Je pense que c’est ce qu’on souhaite tous de vivre dans ce métier quand on débute. On cherche à faire sa place. Par la suite - tous les acteurs le diront -, on cherche à durer. À la base, avec des amis, nous nous sommes créé notre propre travail. Nous avons fait «Québec-Montréal» et «Horloge biologique». Nous nous sommes donné de l’ouvrage pour essayer de faire notre place. Ça nous permettait de nous définir dans ce magma d’acteurs et d’actrices présents sur le marché. Et, finalement, un projet en a amené un autre, puis un autre...

Le fait d’avoir créé vos propres projets vous a-t-il procuré une certaine liberté?

Oui, sans doute. En même temps, quand on est jeune, on a une telle candeur et une telle irrévérence... Il y a une certaine témérité qui vient avec la jeunesse. Avec le temps, j’ai l’impression qu’on perd un peu de ça.

Quand on a du succès, on a peut-être moins besoin de se montrer téméraire...

Le succès, c’est fragile. On est aussi bon que la dernière chose qu’on a faite. Il faut continuer à travailler fort. Je dis toujours que c’est la base. Je place ça en premier lieu, avant même le talent. Par la suite, il y a le facteur chance qui est indéniable. Le métier est fait de rencontres, de gens qui nous offrent des rôles. Par la suite, il faut livrer la marchandise.

Êtes-vous fier de votre carrière jusqu’à maintenant?

Oui, c’est certain. Ça passe tellement vite! La première chose qu’on réalise,c’est que ça fait 20 ans. Je n’ai pas commencé ma vie professionnelle en me disant que, dans 20 ans, j’allais avoir fait tel ou tel truc. Pas du tout. Je me laisse aller au gré des propositions qui me sont faites. Mais, oui, je suis fier. J’ai fait de nombreuses et belles rencontres, et j’espère que ça continuera pour 20 autres années.

Que vous reste-t-il à réaliser?

Je n’ai aucun plan. Il n’y a rien de plus tripant que de savoir que quelqu’un a pensé à nous pour un rôle. Il faut avoir confiance en soi dans une certaine mesure; mais quand on nous fait confiance, ça nous permet de nous élever et de donner le meilleur de nous-mêmes. Je suis super chanceux: j’ai fait du théâtre, du cinéma, de la télé. Je fais aussi de la pub. Je veux juste que ça continue!

Malgré l’inquiétude initiale que votre choix a suscitée, vos proches sont-ils fiers de vous?

Mes parents ne m’en parlent pas tout le temps et ne m’appellent pas pour me féliciter, mais je pense que oui. J’aurais réussi dans une autre sphère d’activité qu’ils auraient été tout aussi heureux. Comme c’est un métier où l'on a de la visibilité, les gens y accordent parfois une importance démesurée. Ils glorifient tellement ce métier... Les gens autour de moi sont fiers parce que je suis heureux dans la vie et que je fais ce que j’aime. C’est comme ma copine: je la trouve formidable dans ce qu’elle fait, j’éprouve de l’admiration pour elle. L’important, c’est de trouver sa place.

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