/news/politics

Ambassades

Des diplomates canadiens sirotent leur Martini dans des verres à 124 $

Maxime Huard | Agence QMI

Quand certains diplomates canadiens et leurs invités portent un toast, ils le font avec des verres en cristal payés 124 $ à même les fonds publics, révèlent des documents du gouvernement fédéral.

De mai 2016 à janvier 2018, Affaires mondiales Canada a acheté 127 000 $ d’articles en cristal pour ses ambassades à l’entreprise NovaScotian Crystal, selon des bons de commande obtenus par la Fédération canadienne des contribuables (FCC).

Dans les sept commandes passées auprès de l’entreprise, qui décrit ses produits comme «des icônes du luxe», on trouve 1140 objets au prix unitaire moyen de 111 $. Parmi eux: plus de 200 flûtes de champagne à 113 $, 60 verres à Martini à 124 $ et même des dizaines de gobelets d’eau à 113 $.

La liste contient aussi d’autres objets raffinés, comme 48 porte-stylos à 129 $ chacun. Les factures d’achat montrent que les produits ont été envoyés dans des ambassades et consulats aussi divers que Londres, Hong Kong, Riyad et Beyrouth.

Articles personnalisés

Tous les articles commandés par Affaires mondiales Canada ont été personnalisés avec un logo de feuille d’érable, ce qui a vraisemblablement fait grimper la note. Sur le site web de la compagnie, les produits se vendent moins chers que ceux achetés par le fédéral.

«NovaScotian Crystal est une petite entreprise canadienne située à Halifax, qui emploie des travailleurs canadiens», a expliqué une porte-parole d’Affaires mondiales, Krista Humick.

Le gouvernement fait affaires avec ce fournisseur depuis 2007 pour ses verres de cristal, car il est un des rares à pouvoir produire le logo de feuille d’érable, utilisé depuis le milieu des années 1990.

Mme Humick a également rappelé qu’en 2011 seulement, sous le gouvernement conservateur, les dépenses auprès de NovaScotian Crystal s’était élevées à près de 228 000 $.

«Aucun scrupule»

«La majorité des Canadiens n’auront jamais d’objets comme ça, et eux n’ont aucun scrupule à en acheter un millier. Ça dénote un problème de culture», a déploré le directeur fédéral de la FCC, Aaron Wudrick.

Selon lui, il est louable qu’une compagnie canadienne ait été choisie, mais le coût des items rend leur achat déraisonnable.

Si les délégations étrangères se croient tout permis, il faudrait songer à imposer des limites sur les montants de certains achats, estime M. Wudrick.

Ces nouvelles informations surviennent au lendemain de la divulgation, par la FCC, d’une dépense de près de 25 000 $ pour l’achat de 86 coussins en cuir à l’ambassade canadienne au Mexique.

Éviter les extravagances

Bien qu’il est important que les délégations étrangères maintiennent un certain décorum, elles doivent aussi éviter les extravagances, selon la porte-parole néodémocrate en matière d’affaires étrangères, Hélène Laverdière.

«Personne ne veut arriver à une représentation du Canada qui est complètement négligée, mais, en même temps, il faut rester dans les normes. Ça fait aussi partie de l’image du Canada de ne pas faire de dépenses ostentatoires», a commenté l’ancienne diplomate.

Dans la même catégorie