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Maltraitance dans un CHSLD privé

«Les derniers mois de sa vie ont été un enfer»

Harold Gagné | TVA Nouvelles

Après la demande de recours collectif intenté mardi contre les CHSLD publics du Québec, une famille demande au ministère de la Santé de vérifier ce qui se passe dans certains CHSLD privés.

Elle dénonce la maltraitance dont une dame de 99 ans aurait été victime.

Gilberte Vézina, atteinte d'Alzheimer et de problèmes pulmonaires, a passé les 3 dernières années de sa vie ans au CHSLD privé Jean XX111 situé dans Rosemont-La-Petite-Patrie à Montréal. Elle est morte en mai 2017.

Des marques inexpliquées sur le corps

La dame de 99 ans avait des marques inexpliquées sur le corps et selon sa famille ne recevait pas les soins appropriés. Quelques jours avant son décès la famille a même eu de la difficulté à obtenir des antidouleurs. Un jour, elle n'arrivait plus à respirer. Une préposée est intervenue.

«On lui donnait de l'oxygène mais on s'est rendu compte qu'il y avait une bouteille d'oxygène qui n'était pas ouverte ou qui était vide», raconte son petit-fils, Éric Robitaille. «Elle a passé plusieurs heures sans oxygène et s'est ensuite retrouvée à l'hôpital. Elle était en train de s'asphyxier», ajoute-t-il.

«Les derniers mois de sa vie ont été un enfer», affirme l'avocat de la famille, le colonel à la retraite Me Michel Drapeau. «À 99 ans est-ce qu'elle était consciente de tout? Je crois que les blessures qu'on lui a infligées lui ont certainement fait peur et fait mal aussi», croit-il.

Pas d'infirmière en tout temps

Dès 2016, une visite d'évaluation de la qualité du ministère de la Santé démontrait des lacunes majeures dans ce CHSLD. Il n'y avait pas d'infirmière en tout temps comme l'exige la loi et pas d'activités de loisirs adaptées. Les résidents pouvaient rester de longues heures dans un salon à écouter des émissions pour enfants à la télévision.

«Les personnes étaient médicamentées et laissées là à elles-mêmes», soutient Éric Robitaille.

En 2016, la direction du CHSLD devait élaborer un plan d'amélioration avec l'aide du CIUSSS de l'Est-de l'île-de-Montréal mais cela a échoué. En 2017, le ministère notait que le centre était en déficit de personnel expérimenté. Les propriétaires avaient peu de connaissance pour opérer un tel centre.

«Un manque de responsabilité»

L'avocat de la famille a alors fait parvenir un document juridique et assermenté au premier ministre Philippe Couillard pour qu'il intervienne mais rien ne s'est passé.

«Il y a un manque de responsabilité au niveau ministériel et gouvernemental», déclare Me Drapeau.

Des familles ont ensuite porté plainte au Protecteur du citoyen qui a produit un rapport dévastateur en février dernier et qui a obligé le propriétaire à fermer le centre.

«À un moment donné, on a craint pour la sécurité des clients et pour la qualité des soins et on a retiré les 6 derniers résidents», dit Claude Riendeau, responsable des personnes en perte d'autonomie au CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal.

Ils ont été transférés en mai dernier dans d'autres CHSLD et le ministère de la Santé a retiré le permis d'exploitation au propriétaire, beaucoup trop tard selon la famille qui avait tenté de trouver un autre centre.

«On ne trouvait pas d'endroit. La direction du CHSLD nous promettaient des choses», ajoute M. Riendeau.

Le CIUSSS dit avoir agi rapidement

Toutes les fois que nous sommes intervenus, il n'y avait pas de maltraitance», affirme Claude Riendeau. «Il y avait des manquements à des règles, à des normes, mais si on avait jugé que la clientèle était en danger, nous serions intervenus sur le champ», ajoute-t-il.

En 2 ans 47 lacunes ont été soulevées.

«Le CHSLD est en déficit de ressources expérimentées», pouvait- on lire dans rapport, ou encore «... une personne hébergée est fréquemment attachée à sa chaise avec une ceinture de contention...».

Mais rien d'autre n'a été envisagé.

C'est sans compter la propreté de la lingerie qui laissait à désirer et même des préposées qui lavaient les toilettes avec des serviettes destinées aux résidents.

Le propriétaire du CHSLD fermé a préféré ne pas nous parler à la caméra.