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Loi sur la sécurité ferroviaire

Ottawa doit s’attaquer aux problèmes des passages à niveau

Christopher Nardi | Journal de Montréal

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Le nombre de blessures et de décès subis par des gens qui traversent des voies de chemin de fer est en hausse partout au pays. Les sommes d’argent investies par Ottawa ne sont même pas suffisantes pour régler le problème uniquement à Montréal, s’inquiète l’industrie ferroviaire.

«Les accidents [aux passages à niveau] constituent toujours une préoccupation urgente en matière de sécurité publique», indique le Comité d’examen de la Loi sur la sécurité ferroviaire, dans un rapport déposé récemment.

Selon le document, 53 personnes sont mortes et 23 personnes ont subi des blessures graves en 2017, à la suite d’une intrusion sur une voie ferrée. Un sommet depuis 10 ans.

La situation ne s’améliore pas plus aux passages à niveau à travers le pays, où 19 personnes ont trouvé la mort et 21 autres ont été blessées gravement l’an dernier.

Selon les membres du comité, qui ont parcouru le pays pour rencontrer tous les acteurs du monde ferroviaire dans le but de voir comment améliorer la sécurité, ces deux types d’incidents sont les seuls en hausse dans l’industrie depuis de nombreuses années.

Manque d’argent

Les initiatives et les investissements actuels ne permettent pas de faire une différence substantielle afin d’améliorer la sécurité aux passages à niveau et d’éviter que ce problème ne s’aggrave davantage», souligne le comité, exprimant l’opinion unanime de tous les intervenants rencontrés.

Il fait référence aux 55 M$ sur trois ans annoncés par Ottawa en 2016 dans le cadre du Programme d’amélioration de la sécurité ferroviaire, dont le but est de réduire le nombre de blessures et de décès.

«Ce montant n’est même pas suffisant pour amener les modifications nécessaires aux passages à niveau de l’île de Montréal», souligne Jacques Demers, président du Groupe de travail municipal sur la sécurité ferroviaire nationale.

«C’est très clair pour nous que le fédéral a vraiment besoin d’investir davantage dans la sécurité ferroviaire, parce que la tendance pour les accidents aux passages à niveau et dus aux intrusions est dérangeante», ajoute le député néo-démocrate Robert Aubin.

Pas de solution miracle

Mais quelle solution privilégier pour sécuriser les 23 000 passages à niveau et les 40 000 km de voies ferrées à travers le pays ? Alors que certains intervenants veulent l’élimination graduelle des passages à niveau au profit de sauts-de-mouton, soit de petits ponts ou tunnels, d’autres préfèrent sécuriser les passages déjà en place.

Ainsi, le comité recommande notamment que le fédéral prépare un programme national qui augmente le financement consacré à la sécurité ferroviaire et qui met la priorité sur les projets de sauts-de-mouton, qui permettraient la fermeture de certains passages à niveau. Il recommande aussi une stratégie nationale pour prévenir les intrusions.

Mais le gouvernement accepte-t-il les recommandations ? Le ministre des Transports propose pour l’instant d’organiser une table ronde, qu’il consultera pour savoir comment aller de l’avant avec ce rapport de consultation.

Peu de mesures pour la cybersécurité

Les lois ferroviaires canadiennes ignorent complètement les questions de cybersécurité, et ce, même si les attaques informatiques sont une problématique de plus en plus grave à travers le monde.

«La loi ne prévoit rien en ce qui concerne les enjeux liés à la cybersécurité. Peu de documents d’orientation existent sur le sujet ainsi que sur les normes particulières pour l’exploitation ferroviaire», indique, dans son rapport, le comité chargé de mener la consultation sur la modernisation de la Loi sur la sécurité ferroviaire.

Pourtant, la cybersécurité est de plus en plus importante dans ce secteur. Par exemple, en 2011, des pirates ont réussi à perturber des signaux ferroviaires pendant deux jours en attaquant les ordinateurs d’une compagnie de chemin de fer aux États-Unis.

Difficile de moderniser

Pas facile non plus d’innover dans l’industrie ferroviaire, et ce, à cause du gouvernement, selon le rapport.

Tous les intervenants consultés ont indiqué que « Transports Canada est généralement réticent à appuyer la technologie dans le secteur ferroviaire, y compris la technologie ayant démontré des résultats en matière d’amélioration de la sécurité ferroviaire », écrit le comité.

Ottawa refuse toute entrevue sur le sujet

Si Transports Canada a diffusé fièrement par communiqué le rapport du comité consultatif, inutile toutefois de demander une entrevue avec l’un des membres du comité pour approfondir la réflexion.

Malgré des demandes répétées du Journal, le cabinet de Marc Garneau et Transports Canada ont refusé d’accorder des entrevues sur le sujet, préférant répondre à nos questions par des phrases laconiques.

«C’est complètement ridicule, mais ça ne m’étonne plus avec ce gouvernement qui parle incessamment de transparence et d’ouverture, mais qui fait le contraire en réalité», a commenté le député du NPD Robert Aubin.