/regional/montreal/montreal

Hébergement alternatif

Fiasco du projet de camping urbain au Vieux-Port

Jean-François Cloutier | Agence QMI 

Le projet de camping urbain dans le Vieux-Port de Montréal, annoncé en grande pompe l’an dernier, vient de tourner au fiasco avec la faillite de la firme chargée d’y installer des bateaux-hôtels et des maisonnettes.

Employés impayés, retards dans la construction, promoteur au lourd passé criminel ; les écueils se sont accumulés dans les derniers mois, a découvert notre Bureau d’enquête.

Trente vieux bateaux et 38 maisonnettes devaient être installés cet été au Village des écluses pour une expérience d’«hébergement alternatif urbain». Le Vieux-Port, un organisme fédéral, avait décrit l’an dernier le projet comme «un concept unique qui allie gîte urbain à la tradition maritime de Montréal».

«C’est le dernier projet de ma vie. Je vous dirais que partir un projet comme ça, il faut se consacrer à 100 %», avait confié Daniel Jourdain, propriétaire de la compagnie Eau-Logis, l’été dernier à Radio-Canada, alors qu’on s’inquiétait déjà des retards.

«Malheureusement, l’entente qui avait été conclue n’a pas été livrée», nous a dit cette semaine le porte-parole de la Société du Vieux-Port, Jean-Philippe Rochette.

Selon lui, le bail liant le Vieux-Port à Eau-Logis a dû être résilié dès l’automne dernier, car la firme ne payait pas son loyer.

Passé criminel

Eau-Logis a déposé une faillite pour des dettes de près de 400 000 $ à la fin juin.

Parmi les créanciers, une firme d’architecture réclame 100 000 $ à l’entreprise. La Banque Royale lui demande 80 000 $ et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) 14 400 $, entre autres.

Contacté par notre Bureau d’enquête, l’ancien gérant du projet, Dave Gravel, nous a dit qu’Eau-Logis lui devait encore 12 000 $ en salaire impayé.

«Il y a plusieurs employés qui ont évolué dans des conditions estivales et logistiques difficiles qui n’ont pas été payés non plus», a-t-il dit.

Daniel Jourdain, le promoteur du projet et propriétaire d’Eau-Logis, a lui-même personnellement déclaré sa troisième faillite à la fin juin. Son bilan laisse voir très peu d’actifs à son nom.

M. Jourdain est un ancien policier qui a perdu son emploi pour une affaire d’escroquerie. Il traîne un lourd passé criminel, a découvert notre Bureau d’enquête.

En 1999, il a été reconnu coupable d’avoir obtenu un prêt à la suite d’une fausse déclaration, comme l’avait rapporté le quotidien La Presse à l’époque. Il a aussi été mêlé à une autre affaire d’escroquerie dans les années 1990. Trois jugements civils ont également été prononcés contre lui entre 2007 et 2017 pour des travaux de rénovation qu’il s’était engagé à faire et qu’il n’a jamais faits.

Le Vieux-Port ignorait

La directrice communication et marketing du Vieux-Port, Sophie Morin, affirme que le Vieux-Port ignorait le passé du promoteur au moment de lui octroyer le bail pour exploiter le Village des écluses.

«Il y a eu un appel d’offres et sa proposition était la meilleure des cinq», nous a-t-elle dit. Selon elle, le Vieux-Port n’est pas autorisé par la loi à vérifier les antécédents d’un promoteur au-delà de cinq ans dans le passé.

Parcs Canada a accepté de reprendre la maîtrise d’œuvre du projet sous une forme réduite, selon sa porte-parole. Les huit tentes oTENTik actuellement sur le site que Parcs Canada louait à Eau-Logis seront exploitées directement par Parcs Canada cet été.

Le promoteur en faillite se défend d’avoir mal agi

Le promoteur du Village des écluses, Daniel Jourdain, se défend d’avoir profité personnellement du projet et dit avoir été abandonné par ses partenaires alors que son projet de camping urbain était encore viable, selon lui.

«J’ai perdu 200 000 $ et trois années de salaire là-dedans», nous a-t-il confié hier, après avoir accepté de nous rencontrer.

Selon M. Jourdain, son projet était basé sur un plan d’affaires crédible qu’il avait fait faire à grands frais par la firme Deloitte.

«Nos projections nous donnaient des revenus de plus de 10 000 $ par jour pour des dépenses entre 3000 $ et 5000 $», nous a-t-il affirmé. Il dit avoir manqué de fonds pour mener à terme l’installation du camping urbain.

«Ça a été plus compliqué que prévu de transporter certains bateaux, entre autres», nous a-t-il expliqué.

Jourdain prévoyait louer ses bateaux-hôtels 250 $ par nuit (de vieilles embarcations construites entre les années 1920 et 1970) et ses maisonnettes 150 $ par nuit.

«Il y avait énormément d’intérêt sur Airbnb», nous a-t-il assuré.

Le Vieux-Port critiqué

Daniel Jourdain a blâmé le principal actionnaire d’Eau-Logis, Me Robert Astell, qui est aussi président de la Société de développement commercial du Vieux-Montréal, de même que la Société du Vieux-Port, pour les problèmes financiers de son entreprise.

«Robert Astell devait mettre beaucoup plus d’argent dans le projet qu’il en a mis. C’était bien connu que je n’avais pas de crédit», a-t-il soutenu.

Selon les documents de faillite personnelle de Jourdain, Me Astell lui réclame 100 000 $.

Daniel Jourdain a déploré qu’à un moment donné le Vieux-Port ait choisi de répondre à Me Astell plutôt qu’à lui pour la suite du projet.

Selon lui, le Vieux-Port était au courant qu’il avait déjà fait deux faillites au moment de l’octroi du bail. Il dit ne pas avoir informé le Vieux-Port de son dossier criminel parce que ce n’était pas pertinent, selon lui.

«Malheureusement, l’entreprise a manqué de fonds. Le projet était plus volumineux que ce que l’entrepreneur avait prévu, qui était incapable de mener le projet à terme. Beaucoup de gens ont perdu de l’argent, dont moi», nous a dit de son côté Me Robert Astell dans un message téléphonique.

Dans la même catégorie