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25 scénarios d’infiltration

La SQ a sorti une limousine pour séduire Jonathan Bettez

Amélie St-Yves | Journal de Montréal

Voici les 25 scénarios développés par la SQ pour coincer Bettez

La Sûreté du Québec a tout tenté pour que le principal suspect du meurtre de Cédrika Provencher se confie à un agent d’infiltration, en enchaînant les cadeaux, les balades en limousine, les nuits à l’hôtel, des parties de golfs et un prêt de 15 000 $.

C'est ce qu'il est inscrit dans un affidavit rendu public cette semaine en marge du procès pour pornographie juvénile de Jonathan Bettez. Celui-ci est le principal suspect de l’enlèvement et du meurtre de Cédrika Provencher, disparue le 31 juillet 2007.

 

L’homme dans la fin trentaine, propriétaire d’une Acura rouge comme celle recherchée par les autorités, a toujours refusé de passer un détecteur de mensonges. Il est toujours impossible aujourd’hui pour la police de valider ce qu’il faisait le soir de la disparition de la fillette de 9 ans, entre le moment où il a quitté un terrain de golf vers 19h, et son retour au travail le lendemain.

Ce n’est que le 11 décembre 2015 que la disparition est devenue un dossier de meurtre, lorsque des chasseurs ont trouvé une partie du crâne de Cédrika.

Infiltré

La SQ a déployé l’artillerie lourde pour soutirer des aveux au principal suspect dans cette affaire. À l’été 2009, la police a tout d’abord monté de toutes pièces un faux concours durant lequel des agents en civil se sont présentés à sa porte pour faire un sondage. La participation de Bettez l’inscrivait à un concours.

Le 26 juin, Jonathan Bettez a appris qu’il remportait un séjour d’une fin de semaine à l’hôtel Fairmont de Mont-Tremblant, incluant deux parties de golf et le transport.

Un agent d’infiltration est allé chercher Jonathan Bettez en limousine chez lui le 31 juillet pour le conduire à Mont-Tremblant, où il allait rencontrer trois autres faux gagnants et une hôtesse, tous policiers sous couverture.

Ami

Un des faux gagnants avait comme mandat de créer un lien d’amitié avec Jonathan Bettez, ce qui a fonctionné.

« Au 12e trou de la partie de golf du 2 août, alors qu’ils passent à proximité d’une maison, une jeune fille d’environ 10-12 ans se trouve dans une fenêtre. Jonathan Bettez dit à [l’agent d’infiltration] « As-tu vu le bikini? » Après une pause, Jonathan Bettez ajoute « Elle est un peu jeune » », peut-on lire dans l'affidavit.

Le suspect et l’agent d’infiltration ont échangé leur numéro de téléphone à la fin du séjour. Les deux hommes ont rejoué au golf ensemble trois jours plus tard, à Trois-Rivières. Plusieurs scénarios se sont enchaînés de la sorte, entre les parties de golf et les soupers au restaurant, en plus des sorties au Centre Bell. Ils jasaient de tout et de rien.

Le 26 octobre 2009, durant un souper au restaurant, un homme vient remettre un porte-document à l’agent d’infiltration en le remerciant. L’agent ouvre la pochette pour montrer à Jonathan Bettez qu’elle contient 20 000$.

15 000$

Deux mois plus tard, Jonathan Bettez demande à son nouvel ami de lui prêter 15 000$ pour jouer au poker, qu’il le rembourserait ensuite et diviserait les profits en deux. L’agent accepte son offre en janvier, et lui propose des tâches pour diminuer sa dette. Bettez commencera donc à conduire des véhicules, à livrer des colis et à assister l’agent lors de fausses rencontres avec d’autres agents d’infiltration.

Le suspect va finalement se retrouver à livrer des cartes de crédit frauduleuses, ce qui va le mettre mal à l’aise. En avril 2010, Jonathan Bettez refuse de travailler pour son nouvel ami.

« [L’agent d’infiltration] dit ne pas être déçu qu’il n’ait pas voulu l’aider, mais déçu qu’il n’ait pas eu confiance en lui. Lui, il avait confiance en lui, il lui avait prêté 15 000$ », peut-on lire dans le document.

Les deux hommes ont néanmoins continué de se fréquenter personnellement pour encore quatre mois. Le 16 août 2010, l’agent réalise que Jonathan Bettez l’a retiré de ses amis sur Messenger.

Jonathan Bettez lui rembourse sa dette restante deux jours plus tard, maintenant de 13 000$. Il dit à l’agent qu’il veut prendre ses distances « à cause de son style de vie et de ses activités mystérieuses ».

Jonathan Bettez a quitté le véhicule et est allé rejoindre son père qui l’attendait dans un stationnement à côté. Les scénarios d’infiltration ont pris fin, car il n’y avait plus de contact entre les deux individus.

La version de Bettez

Jonathan Bettez dit s’être présenté chez ses parents pour faire l’entretien de la piscine et des plantes après avoir joué au golf, le 31 juillet 2007. Il aurait cependant rebroussé chemin, car sa tante était déjà sur place. Il affirme alors être rentré à son logement écouter la télévision, seul. Sa tante a confirmé dans une déclaration écrite à la police qu’elle était bien chez sa sœur soir là, et qu’elle n’a pas vu son neveu.

Traqués par la police

Jonathan Bettez et ses proches ont été ciblés par des caméras cachées et de l’écoute électronique pendant deux mois à la suite de la découverte des ossements de Cédrika Provencher, soit du 16 mai au 14 juillet 2016.

Il avait déjà été dévoilé que Jonathan Bettez avait fait l’objet de surveillance physique du 18 décembre au 31 juillet 2016, mais de nouveaux mandats rendus publics cette semaine montrent que la traque du suspect ne s’est pas limitée à un dispositif sur sa voiture Infiniti G35.

Un juge a autorisé la police à observer au moyen de caméras et de micros Jonathan Bettez, ses parents, sa sœur, ainsi qu’une ex-copine et deux amis.

L’entreprise Emballage Bettez, mais également les résidences des personnes ciblées et leurs lignes téléphoniques ont pu être piégées.

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