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Le CRTC donne le feu vert à l'achat de TVA par Quebecor

SD

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes donne son accord à l'achat de TVA par Quebecor, sous réserve de la vente du réseau de télévision TQS.

Cette vente devra donc être finalisée avant le 21 septembre. Sinon, Quebecor ne pourra acquérir le contrôle du Groupe TVA.

La licence d'exploitation de TVA est renouvelée pour une période de sept ans.

Le CRTC oblige également au nouvel acquéreur de TVA d'investir 48,9 millions de dollars dans le réseau. Cette somme correspond à 10% de la valeur de la transaction. L'organisme a rejeté la demande présentée par TVA qui voulait diffuser 14 minutes de publicité par heure en période de grandes écoutes. TVA doit donc s'en tenir à 12 minutes par heure.

L'indépendance des salles de nouvelles des journaux québécois de Quebecor avec la salle des nouvelles de TVA devra être maintenue, afin de conserver une plus grande diversité des sources d'information pour les Québécois. La direction de TVA devra également être indépendante de Quebecor. Ceci implique que les deux directions travailleront dans des édifices différents et se serviront de systèmes informatiques distincts.

Quebecor Média, une filiale de Quebecor et de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, regroupera maintenant TVA, les quotidiens de la chaîne Sun Media, dont Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, Vidéotron, Netgraphe, des magazines et des livres (Publicor et Publications TVA), le Groupe Archambault et les magasins SuperClub Vidéotron et des télécommunications d'affaires (Vidéotron Télécom).

La compagnie dirigée par Pierre Karl Péladeau s'est considérablement endettée pour acquérir le groupe Vidéotron, propriétaire de TVA, pour un montant de 5,4 milliards de dollars.

La vente de TQS serait imminente.

La direction de TVA se fait rassurante

Le vice-président principal du Groupe TVA, Raynald Brière, croit que le renouvellement pour une période de sept ans de la licence de TVA est une marque de confiance du CRTC à l'endroit de Quebecor.

Il ajoute que les 48,9 millions de dollars que Quebecor devra investir dans TVA d'ici sept ans serviront essentiellement à la production d'émissions jeunesses et de variété par des compagnies indépendantes.

Quant aux rumeurs de mises à pied, M. Brière assure que TVA ne mettra pas en péril le contenu au profit de résultats budgétaires.

Les réactions

Le premier ministre Bernard Landry (petite photo de droite) se dit heureux de la décision du CRTC autorisant la vente de TVA à Quebecor, d'autant plus que le groupe est le premier imprimeur mondial avec Quebecor World.

«Si le Québec n'avait pas d'immense géant médiatique, il serait en difficulté», a affirmé à la radio le chef péquiste pour qui Quebecor, «à notre échelle», équivaut au groupe américain Time-Warner.

Quant à la concentration chez un même propriétaire des journaux au plus fort tirage et du réseau au plus large auditoire, il admet que «le choix n'est pas facile et, il y a 50 ans, ça n'aurait pas été la même chose.

«Avec le temps on a changé d'idée, même si cela n'a pas éliminé tous les dangers, parce que l'échelle compte pour avoir les moyens techniques, passer au numérique. Ca prend des montagnes d'argent.»

Il y a 15 ans, le CRTC avait refusé la vente de TVA au groupe Power (propriétaire de journaux) pour des raisons de concentration; car il n'aurait pu interdire ce même type de transaction où le groupe du Toronto Star aurait acquis la station de télévision dominante dans ce marché, avait alors expliqué le CRTC pour se justifier.

Face à ces dangers, plaidait jeudi M. Landry, «pour l'instant on fait appel à l'éthique capitaliste des propriétaires, qui ont un code d'éthique», affirme M. Landry.

Pour leur part, les syndicats ne sont pas rassurés par les conditions posées par le CRTC.

De l'avis d'Armand Dubois (photo de gauche), reporter et porte-parole des employés de TVA, il appartient maintenant à «M. (Pierre Karl) Péladeau de prouver que nous avons tort de nous inquiéter» pour la diversité des sources francophones d'information.

Ainsi, le comité de surveillance que Quebecor Media devra nommer, pour «examiner les plaintes connexes» (termes du CRTC) ne serait pas un garde-fou efficace, selon lui, quant à de possibles abus de position dominante.

Cette condition «reconduit exactement ce que le CRTC avait préconisé (en 1997, lors de la vente de TQS) et qui n'avait donné aucun résultat».

M. Dubois craint aussi «l'impact négatif pour la liberté de la presse», étant donné le niveau d'endettement de l'acquéreur.

Il regrette aussi que le CRTC renouvelle la licence de TVA pour sept ans, soit jusqu'à fin août 2008, croyant qu'il aurait été plus judicieux d'accorder un terme de deux ans, pour fins d'évaluation de la performance.

À la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), la présidente, Hélène Pichette (deuxième petite photo de droite), trouve que c'est «un peu décourageant».

Elle ne craint pas tant les mouvements de personnel entre différentes rédactions de médias Quebecor que le «danger d'uniformisation».

Le poids combiné des forts tirages des journaux et de TVA au Québec aurait pour effet pernicieux de «pousser les cadres à favoriser le même type d'informations, qui seraient relayées de la même façon».

Les pressions de la direction du Journal de Montréal, il y a deux ans, pour couvrir des émissions de TQS avaient suscité un recours au comité de surveillance. Mais ce fut en vain car ce comité n'avait juridiction que sur les seuls actifs réglementés, au sens du CRTC, et pas les journaux.

Mme Pichette redoute qu'il en aille de même avec le comité de surveillance créé cette fois-ci pour TVA.

De son côté, Réal Lebœuf, porte-parole de trois syndicats affiliés au SCFP, regroupant environ 700 employés à Montréal, craint lui aussi «pour le public, qui a droit à la diversité des voix en information».

Le comité de surveillance, à son avis, semble avoir la même valeur juridique que l'autre et «il n'aura pas assez de dents».

En outre, l'employeur TVA a déjà demandé aux autorités fédérales du travail de fondre en une seule les conventions collectives des syndicats impliqués, avant de reprendre les négociations contractuelles, ce que M. Lebœuf trouve «illogique».

Ces conventions sont toutes échues, celle des techniciens depuis le plus longtemps, 1998, mais elles continuent de s'appliquer en attendant.

En RealVideo, vous pouvez écouter les reportages de Monique Grégoire et d'Yves Malo.