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Léon Courville est devenu vigneron

TVA Nouvelles

La SAQ prend de trop grosses marges

Jean-Philippe Décarie
Le Journal de Montréal

Léon Courville a quitté la présidence de la Banque Nationale en 1999, l'année même où il venait de planter sur une base expérimentale quelques plants de vignes sur la terre qu'il possédait depuis 1981 dans les Cantons-de-l'Est. S'il n'y a pas de hasard dans la vie, cette coïncidence a bien servi l'ancien économiste puisque sa terre est devenue depuis un domaine--le Domaine des Brome--où il peut cultiver depuis 2002 pleinement et librement sa passion pour les vins, dont il prévoit produire pas moins de 35 000 bouteilles cette année.

De l'extérieur, rien ne laissait présager qu'un homme avec un profil comme celui de Léon Courville réaliserait un jour un retour à la terre comme celui qu'il a effectué et dont il avoue savourer pleinement chaque instant.

Docteur en économie, intellectuel, professeur à l'Université de Rochester, directeur de l'Institut d'économie appliquée, professeur titulaire aux HEC, avant de devenir économiste en chef puis président et chef des opérations de la Banque Nationale, Léon Courville a également écrit plusieurs ouvrages économiques tout en étant consultant auprès d'entreprises. Il a même été proche conseiller économique de Mario Dumont.

Parallèlement à cette vie professionnelle active, l'ex-président de la BN a développé une passion pour les vins qui a commencé au début des années 1970 lorsqu'il complétait son doctorat en économie aux États-Unis et qu'il s'est mis à les collectionner.

S'il possède une impressionnante cave, richement garnie de grands vins de régions et de caractères bien différents, c'est maintenant les deux pieds solidement ancrés dans la terre, tout proche de ses vignes, qu'il cherche à créer lui-même des variétés de vin qui arrivent déjà à se démarquer.

Vivre sa passion
«J'ai acheté ma terre en 1981 pour venir faire du ski avec les enfants. Avec les années, j'ai acheté d'autres parcelles à droite et à gauche et aujourd'hui mon domaine compte 400 acres», explique-t-il.

Installé en flanc de montagne et surplombant le lac Brome, le Domaine des Brome profite d'un microclimat qui favorise la culture de la vigne.

C'est pourquoi Léon Courville a planté ses premières vignes en 1999. Après son départ de la banque, il décide, à l'été 2000, d'y aller sur une plus grande échelle et plante cette fois 12 000 plants de cépages différents.

«En 2002, quand on a vu les résultats qu'on obtenait et le potentiel des vins qu'on produisait, on a décidé de peser sur l'accélérateur et d'y aller à fond de train. Le vin a toujours été une passion pour moi et là, j'ai la chance de vivre tous les jours cette passion.»

« On a planté 10 000 nouveaux plants chaque été et on en a maintenant 55 000 qui produiront cette année 35 000 bouteilles de blanc, de rouge et de vin de glace.»

«Mon objectif est de me rendre à 50 000 bouteilles. Je préfère limiter ma production et me concentrer sur la qualité des produits qu'on fait », explique-t-il.

Témoignages éloquents
Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Léon Courville est fier de la qualité des vins qu'il a réussi à obtenir et qu'il peaufine chaque année davantage.

«Il y a un mois, je travaillais aux champs lorsque j'ai reçu un appel de Bernard Landry. Il venait de goûter à un de mes vins, un cuvée Charlotte, je pense, et il m'a dit : C'est la première fois de ma vie que je bois un vin québécois de classe internationale. C'est un beau compliment », relève-t-il.

Véronique Rivest, la meilleure sommelière du Canada, a préféré dans une dégustation à l'aveugle le Vidal du Domaine des Brome à un pinot gris du Clos des Capucins, un grand vin d'Alsace, souligne fièrement le vigneron.

«Je fais ce que j'aime, je suis totalement libre et je me rends compte que je réalise un rêve secret d'être entrepreneur. Mais je fais exactement le contraire de ce que tous les banquiers recommandent aux entrepreneurs, soit de ne pas tomber en amour avec leurs produits », confesse-t-il dans un large sourire de contentement.