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Après Canadian Tire, BMO suspend ses relations avec Credico

TVA Nouvelles

Deux employés témoignent de directives douteuses

Caroline Roy et Marie-Eve Fournier
Le Journal de Montréal

La Banque de Montréal et Canadian Tire ouvrent une enquête sur les pratiques douteuses de promotion de cartes de crédit de Credico Marketing. Dans l’intervalle, elles suspendent leurs relations d’affaires avec l’entreprise.

Deux des principaux clients de Credico au Québec se disent très préoccupés par les révélations du Journal de Montréal.

Nos journalistes, qui ont travaillé pendant les fêtes pour Credico, rapportaient hier que les demandes de carte de crédit sont remplies très vite et que certains renseignements sont inventés, dont le salaire des consommateurs.

Après la publication du reportage, la Banque de Montréal, qui faisait affaires avec Credico depuis quelques années, a immédiatement décidé de «suspendre tout mandat» avec son fournisseur de services et d’entreprendre une enquête.

«Ce qui se fait par Credico, ce ne sont pas des normes qui nous conviennent», justifie Ronald Monet, porte-parole de l’institution financière.

«Nous avons mis dehors de nos 94 magasins Canadian Tire du Québec tous les représentants de Credico, le temps de mener une enquête interne», indique pour sa part Sarah Rodgers, porte-parole des services financiers de Canadian Tire.

Vérifier tous les dossiers

Jusqu’ici, la Banque de Montréal affirme qu’elle n’avait jamais eu de problèmes avec les formulaires remplis par Credico.

Aujourd’hui, elle se dit particulièrement inquiète de la formation «déficiente» des employés de son fournisseur et de l’inscription de renseignements erronés sur les formulaires.

De son côté, Canadian Tire parle de cas isolés, tout en ajoutant que la compagnie n’approuve pas «les tactiques de marketing sous pression et trompeuses».

Canadian Tire précise que l’information inscrite dans les formulaires est vérifiée par son bureau de crédit afin d’en confirmer l’authenticité.

«Si les renseignements ne correspondent pas, Canadian Tire peut aussi communiquer directement avec le consommateur pour valider leur exactitude», explique Mme Rodgers.

√ En entrevue hier à la chaîne Argent, le chef de la direction de Credico, Antoine Nohra, a affirmé que tous ses employés au Québec étaient suspendus, le temps que leur formation soit mise à jour.

Une rémunération qui incite à bâcler

La rémunération des représentants de Credico Marketing incite à bâcler le travail, estiment d’ex-employés de l’entreprise.

Les représentants de Credico gagnent de 4 à 6 $ par formulaire rempli. Ils n’ont pas de salaire horaire. Pour gagner des sous, les employés ont donc intérêt à faire signer le plus de formulaires de demandes de carte de crédit.

«Tu arrives au travail et tu veux faire de l’argent», raconte une femme qui a déjà travaillé pour Credico.

«Alors, je ne laissais pas le temps aux gens de parler. Je ne pouvais pas laisser le temps aux gens de réfléchir car si la personne réfléchit, elle ne finira pas de remplir le formulaire.»

Peu de qualité

Selon Denis Chênevert, professeur en ressources humaines à HEC Montréal, la rémunération à commission pousse parfois les employés à tourner les coins ronds.

«Dès que vous payez à la quantité au lieu de la qualité, peu importe l’entreprise, c’est propice au manque de qualité», explique-t-il.