/finance/homepage

Confidences d’une entrepreneure : payer au suivant!

TVA Nouvelles

Anne Marcotte
Collaborateur, Argent

Évidemment, ce n’est surtout pas comme ça que j’avais imaginé démarrer une entreprise. Fraîchement sans emploi et cassée comme un clou. Mes ex-collègues de travail, qui devinrent par la suite mes associés, plongeaient avec moi dans cette aventure. Nous n’avions aucune idée où tout cela allait mener.

Éviter que l’affaire ne déraille…

Tant bien que mal, nous avions réussi à nous organiser avec la précarité de notre situation financière. Mais après un certain temps, ça ne suffisait plus. Nous étions à 48 heures de perdre nos équipements de production. Le prêteur demandait à les récupérer. Coup de fil à mon père qui réalisa l’urgence de la situation. « Va voir mon frère Gilles, il va t’aider, j’en suis certain ! ».

Le frère en question, mon oncle, était un homme d’affaires expérimenté dont la réputation n’était plus à faire. Rigoureux comptable de formation, il allait sûrement me poser plein de questions. Je n’avais pas de plan d’affaires à déposer et aucune réponse précise à donner. Mais notre équipe avait du cœur au ventre, de la motivation à revendre et un savoir-faire compétitif.

Complètement prise au dépourvu, je pris mon courage à deux mains pour aller rencontrer l’oncle en question. Objectif : quémander 5000$ (montant du dépôt exigé par le fournisseur). Une fois devant lui, je fus incapable de formuler spécifiquement ma demande.

« Anne, dis-moi simplement de combien tu as besoin ? » me répondit-il dès les premiers moments de la conversation. Carnet de chèques en main, mon oncle décida d’inscrire, sans que je ne lui demande quoi que ce soit, la magnifique somme de 10000$.

Ce bout de papier allait changer la suite des événements.

Petit train va loin !

Plusieurs années plus tard, ma relation avec mon oncle prit un grand virage. Gilles devint le conseiller stratégique de notre entreprise. Un jour, nous nous retrouvâmes, lui et moi, dans une imposante salle conférence située au dernier étage de Place Ville Marie. Et l’on négocia ensemble, côte à côte, l’une des plus importantes transactions de ma vie.

Je sortis de cette rencontre avec un autre bout de papier entre les mains. Un bout de papier qui, une fois encaissé, bouleversa littéralement la destinée de notre entreprise, celle de mes associés et la mienne.

Une fois dans l’ascenseur, Gilles me mit fièrement la main sur l’épaule. « Lorsque je te revois dans mon bureau, et que je repense à tout ça, je me vois au beau milieu d’un champ, assis sur une petite chaise de parterre. Et tranquillement, je regarde le train passer sans jamais monter dedans… », me lança-t-il, à la blague, avec un profond et sincère éclat de rire.

Morale de l’histoire ?

Jamais cet homme d’affaires ne nous demanda quoi ce soit en retour de son investissement de 10 000$. Ni papier à signer, ni intérêt, ni capital-actions.

Avait-il manqué le train? Réponse : oui ! Mais, il le fit volontairement.

Car dès le départ, il prit la décision de supporter de jeunes entrepreneurs. Il prit la décision de donner au suivant.

Nous n’avons pas oublié, Gilles.

Une tribune pour vous !

Je vous remercie de partager avec moi vos rêves, vos ambitions, vos anecdotes stimulantes, vos inquiétudes, vos succès, etc. Vos courriels sont nombreux et vos histoires m’intéressent toujours. anne.marcotte@vivemtia.ca