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Jour de paye… sans chèques de paye ?

TVA Nouvelles

CONFIDENCES D'UNE ENTREPRENEURE

Anne Marcotte
collaboratrice, Argent

J’étais en train de bercer mon petit garçon de cinq semaines lorsque le téléphone a sonné. «Dans trois jours, une quarantaine de chefs de famille ne pourront pas encaisser leur chèque de paye. Tu es notre dernier recours, il faut que tu nous prêtes l’argent. Ça presse.», m’avait-on lancé tel un réel ultimatum.

Je connaissais très bien les gestionnaires qui venaient de me contacter. Plus souvent qu’autrement, je m’interrogeais vraiment sur la manière dont ils administraient leurs affaires. Ce n’était pas la première fois qu’ils agissaient de la sorte avec moi. Mais là, l’ampleur et la nature de leur dernière demande n’avaient rien de comparable avec les précédentes.

Sur le coup, j’ai eu envie de leur raccrocher la ligne au nez. Je leur en voulais de me perturber les émotions comme ça. Ils savaient très bien que je ne pourrais pas être insensible à leurs travailleurs d’usine.

Mon problème ?

J’ai toujours eu un sens aigu des responsabilités. Mais le fait d’être une personne responsable ne m’obligeait tout de même pas à répondre aux obligations des autres. Et pourtant, je nageais en pleine culpabilité depuis ce fichu appel. Je me sentais complètement déchirée et pratiquement obligée de leur faire un chèque. Je savais très bien que ce n’était pas du tout une bonne idée d’embarquer là-dedans.

Quelques heures plus tard, le téléphone sonna à nouveau. Je me rappelle avoir longuement hésité avant de décrocher le combiné. Puis, après avoir expulsé l’un de mes plus profonds soupirs de découragement, je consentis à la demande.

À contrecœur, je fis préparer une convention chez mon avocate. Cette dernière était loin d’approuver ma démarche, pas plus que moi d’ailleurs. D’autant plus qu’il s’agissait d’un prêt effectué à une compagnie publique, ce qui ne faisait aucun sens d’un point de vue affaires. Mais le lendemain, le chèque était tout de même signé et prêt à partir.

Je vis les deux hommes arriver au galop pour le récupérer puis partir en courant afin d’aller l’encaisser. À l’évidence, la situation ne présentait pas pour eux la même charge émotive qu’elle m’avait générée.

Le jour du remboursement de la somme prêtée arriva enfin. J’espérais alors recevoir un téléphone. Mais, il n’en fut rien. Deux semaines plus tard, toujours pas de nouvelles. Impossible de recevoir, ne serait-ce, qu’un simple retour d’appel. Ce qui me fit sortir complètement de mes gonds.

Après avoir harcelé leur contrôleur, je finis enfin par avoir droit à une sérieuse conversation avec l’un des deux gestionnaires qui accepta finalement de prendre mon appel. « Mais que ce passe-t-il Anne ? Entre toi et moi, il serait difficile de croire que tu ne peux pas attendre encore un peu, non ? C’est quoi ton problème ce matin ? », me lança-il sur un ton hyper condescendant.

Mon problème ? De toute évidence, le gars en question semblait avoir royalement oublié que « mon » problème était en réalité pleinement le leur.

Ce que je compris…

Ce jour-là, j'ai évidemment solutionné leur problème de liquidité. Mais, j'en ai personnellement tiré des enseignements profitables qui, je crois, leur échappent encore peut-être aujourd’hui.

Devoir affronter, avec humilité, une quarantaine de salariés n’aurait assurément pas généré la même attitude chez ces gestionnaires que celle qu’ils m’ont servie. Cela les aurait certainement bien plus conscientisés à prendre pleinement la responsabilité du jour de paye de leurs employés plutôt que de se contenter de me la transférer avec tant de facilité.

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