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Les routes chères au Québec font peur à Ottawa

Photo: Agence QMI

Jean-François Cloutier
Argent

Avec un prix estimé qui a doublé entre son annonce et sa réalisation finale, le projet de l’autoroute 175 à quatre voies dans le parc des Laurentides cause des frictions entre Ottawa et Québec.

Le fédéral hésite à allonger des billets pour éponger les frais supplémentaires car il craindrait que d’autres projets routiers au Québec ne coûtent aussi beaucoup plus cher que ce qui était prévu. Ottawa aurait peur de devoir également payer une partie de la note.

C’est ce qu’a laissé entendre ce matin le ministre des Anciens Combattants et député de Jonquière-Alma, Jean-Pierre Blackburn, lors d’une entrevue à Saguenay. «Il manque des réponses à nos questions », a affirmé le ministre.

Selon M. Blackburn, Québec n’a pas fourni de réponses satisfaisantes à savoir pourquoi le projet de l’autoroute 175 avait connu un dépassement aussi important, et pourquoi de tels dépassements de coûts arrivaient aussi souvent dans d’autres projets au Québec.

Annoncé en 2002, le projet de l’autoroute 175 devait au départ coûter 550 M$. Il a ensuite été révélé que le projet coûterait 700 M$. En 2008, Ottawa et Québec se sont entendus pour acquitter chacun 50% des coûts supplémentaires, injectant chacun 112,5 M$ de plus dans la construction de l’autoroute à quatre voies. Or, on a ensuite appris que le projet coûterait 1,1 G$, soit le double de ce qui était prévu au départ.

Selon Guillaume Lavoie, porte-parole de Transport Québec, le gouvernement provincial serait en négociation avec Ottawa à l’heure actuelle afin de déterminer la part qu’Ottawa paiera dans ce projet, mais aussi dans trois autres projets routiers en cours ailleurs dans la province.

Québec négocierait avec Ottawa au sujet du prolongement de l’autoroute 73 dans la Beauce, du réaménagement de la route 185 dans le Bas-Saint-Laurent et du prolongement de l'autoroute 30 sur la rive-sud de Montréal.

Le motif des négociations serait ce que M. Lavoie appelle pudiquement des «ajustements» de coûts. «Ce sont de gros projets. C’est normal que les coûts finaux soient supérieurs à ce qui était estimé au départ», explique-t-il.

M. Lavoie évoque l’inflation et des considérations environnementales parmi les causes de ces ajustements.

Jointe par Argent, la porte-parole de Transport Canada, Maryse Durette, a souligné que les règles étaient strictes en matière de financement fédéral des infrastructures.

«La province est responsable de ses routes», souligne-t-elle. Mme Durette explique que le financement fédéral représente une aide fermée. «C’est comme quand vous faites peinturer votre maison. S’il y a un problème dans les travaux, c’est entre le contractant et le client de s’arranger», signale-t-elle.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, des élus locaux s’impatientent toutefois. Le député péquiste Stephan Bédard et le député bloquiste Robert Bouchard ont pressé Ottawa aujourd’hui d’accorder un financement supplémentaire pour l’autoroute 175.

Selon une étude de Transport Canada datant de 2008, la construction d’une route au Québec coûterait 36% plus cher que dans le reste du Canada.

Le gouvernement du Québec conteste toutefois la validité de cette étude. «La seule étude qui compare des pommes avec des pommes a été faite par le gouvernement du Québec et montre que c’est en réalité moins cher de construire une route au Québec qu’en Ontario », soutient M. Lavoie.