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Charles Sirois, star adulée et honnie du Québec Inc.

TVA Nouvelles

Photo : Agence QMI

Jean-François Cloutier
Argent

Avant de fonder, avec François Legault, la Coalition pour l’avenir du Québec, l’homme d’affaires Charles Sirois a connu un parcours marqué par les extrêmes. Adulé à la fin des années 1990, il a connu des heures plus difficiles après l’effondrement de la bulle techno au début des années 2000, quand trois de ses entreprises ont frôlé la faillite.

S’il ne fait pas l’unanimité, personne ne remet cependant en question la capacité de se réinventer de l’homme d’affaires, et son insatiable désir d’entreprendre.

Né en 1954 à Chicoutimi, Charles Sirois a connu une ascension fulgurante dans les années 1990, faisant notamment évoluer l’entreprise familiale Télésystème d’une PME régionale à un fournisseur majeur de bande passante et de services interurbains au Canada, ayant acquis le fleuron canadien Téléglobe.

En 2000, au sommet de la bulle des technos, l’homme d’affaires vend Téléglobe à Bell pour 6,5 G$. Deux ans plus tard, Téléglobe est toutefois mise en faillite, et Bell est forcée de radier 2,1 G$ de la valeur d’Excel, acquise aussi par Bell dans la transaction et que M. Sirois avait achetée en 1998.

Au Québec, M. Sirois est à l’origine de l’introduction de la marque de cellulaire Fido, fruit de la société Microcell qu’il a fondée en 1995. Microcell a été revendue par la suite à Rogers Communications.

Charles Sirois est aussi celui qui a contribué à l’implantation du téléphone cellulaire en République tchèque, au Brésil et en Chine, à travers une autre de ses entreprises, TIW, laquelle a déjà compté jusqu’à 2000 employés. La déconfiture de TIW a pénalisé nombre de petits investisseurs.

En 2006, sa fortune est évaluée à plus de 800 M$, mais l’homme d’affaires s’est éloigné des télécommunications.

Il s’implique désormais dans le capital de risque au Québec et dans le développement de l’entrepreneuriat en Afrique, à travers le réseau Enablis, qu’il met lui-même sur pied en 2002 dans la foulée d’un sommet du G8.

En 2009, Charles Sirois devient le premier Québécois francophone à présider le conseil de la banque torontoise CIBC.

Dans un autre registre, il a été écorché par en 2009 par l’ADQ en raison de son implication questionnable dans un Fonds d’intervention économique régional (FIER).

Selon l’analyste Michel Nadeau, malgré quelques ratés, il faut voir dans la montée en puissance de Charles Sirois l’émergence d’un certain entrepreneuriat typiquement québécois. «C’est un produit de Québec Inc. et un homme qui a beaucoup de talent», souligne-t-il. À propos de la vente de Téléglobe à Bell, M. Nadeau parle d’un coup magistral qui lui a permis d’échapper juste à temps à l’effondrement des valeurs techno.

Appétit pour le risque

M. Nadeau prévient toutefois que M. Sirois pourrait avoir du mal à composer avec la réalité politique. «C’est un homme habitué à rendre des comptes avec des résultats et à faire fi des questions de perception», explique-t-il.

Dans une entrevue à Argent, M. Sirois déplorait l’inertie qui s’était emparée des Québécois depuis quelques années, les pressant de retrouver le goût d’oser.

Pour le professeur à HEC Montréal, Robert Gagné, la valeur de l’effort de M. Sirois en politique sera mesurable à l’aune de la capacité de la Coalition pour l’avenir du Québec à confronter les groupes de pression et à mettre en avant l’intérêt général des Québécois.