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Richard Desjardins lance L'existoire

Chanson

«Peut-être que la vie m'haït, que la mort veut pas de moi», soutient Richard Desjardins dans la chanson Atlantique Nord, l'une des créations qui ponctuent son nouvel opus L'existoire, lancé mardi au Cabaret Mile-End.

La vie est pourtant loin d'être un fardeau pour le poète abitibien, dont le cœur oscille toujours entre batailles et musique.

«Je suis heureux. Quand je fais un album, je ne me raconte pas nécessairement. Ce n'est pas du tout expiatoire, mentionne celui qui prête sa plume à divers personnages. C'est un album territorial. J'y parle d'une serveuse en Abitibi, d'une vieille Indienne et de Roger Guntacker, un gars de banlieue. Il y a beaucoup de personnages, très différents les uns des autres. J'ai pensé que ça méritait un titre un peu spécial.»

Un titre à ce point distinct que lui-même ne peut l'expliquer: «Existence, territoire, histoire, etc.... Ça englobe plein de choses. J'y trouverai peut-être une définition dans un an, après l'avoir présenté au public.»

Parmi ses créations se glisse également Elsie, commandée par Elisapie Isaac. Desjardins n'ayant pas le temps nécessaire pour lui en composer la musique, la chanteuse s'était alors tournée vers Pierre Lapointe. Or entretemps, une trame musicale a peu à peu germé dans la tête de l'auteur, qui s'est finalement réapproprié la pièce pour son propre album.

Ce titre épuré, au piano, côtoie des pièces beaucoup plus étoffées, valsant entre tango, country, folk et rythmes cubains. Un riche habillage sonore signé Claude Fredette, réalisateur de l'opus qui avait agi à titre de guitariste pour Kanasuta. «C'est un musicien d'expérience. Il a une énorme culture musicale. Il est aussi très sensible à l'intention d'une chanson.»

Lutte et ressourcement

Près de sept ans se sont écoulés depuis la parution de l'album Kanasuta. Ce fut certes pour Desjardins une période de ressourcement, néanmoins remplie de multiples projets, dont le documentaire Le peuple invisible, portant sur les Algonquins.

Et la musique donne à présent une voix à l'ardent défenseur des ressources naturelles qu'il est, notamment par le biais de la pièce Développement durable. Cette lutte contre la surexploitation nourrit donc l'artiste, mais jamais la désillusion.

«On n'en est pas là. On est au combat. Il n'y a pas d'autre état d'esprit que ça. On a fait L'erreur boréale en 1999 et dix ans plus tard, le régime forestier est en train de changer. On n'y est pas étranger. Le combat n'est pas vain, sinon ça ferait longtemps que j'aurais arrêté de me battre.»

Du haut de ses 63 printemps, Desjardins se dit encore animé d'une incroyable fougue: «Je suis en santé. J'ai un p'tit cœur de 20 ans.» Le cinéaste engagé en est d'ailleurs à finaliser avec Robert Monderie un nouveau documentaire, Trou Story, qui portera sur l'histoire minière tout en dénonçant le trop grand pouvoir conféré aux entreprises privées par la Loi sur les mines. «J'espère bien me faire quelques ennemis!» Ardent défenseur de son territoire natal, l'Abitibi, le poète n'a définitivement pas fini de changer le cours de bien des histoires.

Une tournée supportant son nouvel album sera mise sur pied en 2012. D'ici là, il reprend la route avec le concert Richard Desjardins symphonique, sous la direction musicale de Gilles Bellemare, spectacle qui sera entre autres présenté à l'Étoile Banque Nationale du Quartier Dix30 le 13 mai prochain.