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Nos infirmières harcelées

Des «appels à l'aide» de travailleuses au bout du rouleau

Plus de la moitié des infirmières du Québec souffrent de harcèlement psychologique, révèle une étude obtenue par le Journal de Montréal. La situation est qualifiée de «troublante» par la Fédération interprofessionnelle de la santé.

«On ne s'attendait pas à de tels résultats. Je suis la première surprise. Le phénomène est encore beaucoup plus grave que je l'avais imaginé», confie la chercheuse Sandra St-Pierre, qui a réalisé cette étude dans le cadre de son doctorat en psychologie, à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Une centaine d'infirmières en provenance de différents hôpitaux de la province ont participé à cette enquête, dont les résultats seront dévoilés cette semaine dans le cadre du congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), à Sherbrooke.

Près de la moitié des infirmières ayant participé à cette étude ont avoué subir du harcèlement psychologique au travail ; 90% d'entre elles ont rapporté en avoir été témoins. Plus de 130 situations de violence ont été identifiées par la chercheuse et par sa superviseure, la Dre Karine Côté, professeure de psychologie à l'UQAC.

D'après cette enquête, les collègues et les supérieurs hiérarchiques représentent les deux principales sources de harcèlement des infirmières québécoises.

«Les infirmières sont dans la catégorie des personnes les plus touchées par le harcèlement psychologique, explique Karine Côté. Mais on ne sait pas pourquoi. Est-ce à cause des horaires chargés, de la pression ou de la hiérarchie en milieu hospitalier ? On nage en plein mystère», dit-elle.

De véritables «cris du coeur»

Même si une majorité d'infirmières affirme avoir subi du harcèlement au moins une fois par mois au cours de la dernière année, la «règle du silence» semble être observée dans le milieu hospitalier.

Le questionnaire étant anonyme, plusieurs travailleuses ont en effet profité de l'occasion pour se confier aux deux chercheuses.

«Nous avons reçu beaucoup de témoignages de détresse, révèle la Dre Côté. De véritables cris du coeur. Des infirmières nous rapportent qu'elles reçoivent des menaces. Par exemple, que l'employeur appellera son ordre professionnel si l'infirmière refuse de rester plus longtemps au travail que prévu.»

L'urgence d'agir

Pour Sandra St-Pierre, il est clair qu'il y a «urgence d'agir» pour éradiquer ce phénomène, quitte à ce que les hôpitaux renforcent les mesures disciplinaires à l'endroit des intimidateurs.

Un constat qu'appuie Régine Laurent, de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.

«Les patrons ne veulent pas comprendre qu'il faut soigner nos soignantes, et ne prennent pas les moyens pour mettre fin à ce climat de violence», dit-elle.

«Ces données sont saisissantes, mais c'est la réalité. Comment pense-t-on attirer des jeunes vers notre profession avec de telles conditions de travail ?», demande-t-elle.

Des chiffres percutants

  • 43 % des infirmières ont été victimes de harcèlement au travail au cours des 12 derniers mois.
  • 90 % en ont été témoins
  • 59 % en sont victimes depuis plus de 12 mois
  • 50 % en sont victimes depuis plus de 12 mois
  • 47 % en sont encore victimes
  • 8 % en ont parlé dans leur milieu de travail

Les sources du harcèlement

  • 40 % : les supérieurs hiérarchiques
  • 48 % : les collègues de travail

130 situations de violence au travail survenues dans les 12 derniers mois ont été identifiées par les chercheuses

Des témoignages troublants

Voici certaines confidences reçues par les chercheuses :

«Mon patron me dit : "si tu quittes le travail, j'appelle la sécurité pour t'empêcher de partir."»

«Cela engendre chez moi un sentiment de révolte, je sens que je n'ai pas le contrôle sur ma vie et que quelqu'un exerce un pouvoir sur moi.»

«Je me sens surchargée de travail et j'ai des craintes à terminer mon quart de travail comme il se doit, et d'être obligée de rester pour un temps et demi obligatoire.»

«On nous mentionne seulement ce que l'on fait de négatif.»

«Je me suis fait dire : je porte plainte à ton ordre professionnel si tu ne restes pas.»

 

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