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Des retraites dorées pour nos banquiers

Jean-François Cloutier
Argent

Alors que de nombreux employés du secteur privé ne reçoivent rien de leur employeur à la retraite, les plus hauts dirigeants des grandes institutions financières continuent de profiter de généreux régimes de retraite à prestations déterminées, qui représentent à toutes fins utiles une forme de rémunération différée.

C’est ce que mentionne Pierre Chaigneau, professeur de finances à HEC Montréal spécialisée dans les questions de rémunération, qui réagissait à l’information selon laquelle la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, avait reçu 1 M$ en contribution à son régime de retraite en 2010.

Cette contribution a fait bondir rémunération de Mme Leroux à 3 M$ en 2010, un niveau jugé problématique par le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC).

Pour le professeur, il existe plusieurs stratagèmes à la disposition des hauts dirigeants pour faire passer la pilule de généreux émoluments.

«Beaucoup de dirigeants utilisent des moyens plus discrets pour se rémunérer, afin de ne pas trop attirer l’attention», a-t-il relevé. M. Chaigneau précise que ces procédés respectent tout de même la loi.

Rémunération «déguisée»

Selon le professeur, la contribution de 1 M$ de Desjardins en 2010 au régime de retraite de Mme Leroux donne l’apparence d'une rémunération «déguisée», dans la mesure où elle n'apparaît pas clairement dans le rapport annuel. «Cela suggère une autre motivation possible pour ce versement: éviter d'attirer l'attention des employés, des membres et des médias. »

M. Chaigneau a aussi mentionné qu’il existait des avantages fiscaux à offrir un régime de retraite généreux plutôt qu’un salaire supérieur, étant donné qu’on est imposé plus tard sur de plus petites sommes touchées sur de nombreuses années. «Les dirigeants se trouvent à payer moins d’impôts grâce à ce procédé», a-t-il dit.

M. Chaigneau souligne que les régimes de retraite blindés offerts aux employés des grandes institutions financières et dans le secteur public représentent une forme de rémunération différée. «Dans ces régimes à prestations déterminées, c’est l’employeur qui prend le risque de rendements négatifs des marchés», a-t-il expliqué.

Dans le cas de Mme Leroux, la rente annuelle à laquelle elle aurait droit si elle partait aujourd’hui s’établit à 233 000$. À 65 ans, Mme Leroux touchera 297 000$ par année pour ses 11 années de services chez Desjardins.

Les dirigeants des autres grandes institutions financières québécoises ont aussi droit à des régimes de retraite très attrayants. Ainsi, à partir de 65 ans, le grand patron de la Banque Nationale, Louis Vachon, devrait recevoir 764 000$ par année de l’institution. La valeur de son régime de retraite est évaluée à 5,2 M$.

Le grand patron de la Banque Laurentienne, Réjean Robitaille, touchera pour sa part 354 000$ par année à partir de 65 ans. La valeur de son régime de retraite est évaluée à 2,8 M$.

Pour sa part, le président du Médac et ancien président du Mouvement Desjardins, Claude Béland, a critiqué le manque de transparence entourant le versement de la contribution au régime de retraite de Mme Leroux. M. Béland a aussi dénoncé une poussée de la rémunération «tout à fait injustifiable» chez les grands patrons d’institutions financières.

Pour sa part, le président de l’Institut sur la gouvernance d’organisations publiques et privées, Michel Nadeau, a jugé que Desjardins devrait systématiquement inclure la valeur du régime de retraite quand elle divulgue la rémunération de ses plus hauts dirigeants.

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