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Nouveau record de consommation?

Prescriptions de Ritalin en hausse

Sébastien Ménard

Le Québec est en train d'éclipser le triste record qu'il avait fracassé l'an dernier, relativement à la consommation de Ritalin.

Au cours des quatre premiers mois de 2011, les pharmacies de la Belle Province ont distribué près de 11 millions de comprimés de méthylphénidate, la famille de médicaments du Ritalin, a appris le Journal.

Cela représente une hausse de 150 000 pilules par rapport à la période cor respondante, en 2010, où un nouveau record avait été atteint, révèlent les données fournies par la firme IMS-Brogan.

Surtout prescrits aux enfants turbulents à l'école chez qui on diagnostique un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les comprimés de méthylphénidate sont plus populaires que jamais, au Québec. Même si la province compte pour moins du quart de la population canadienne, on y distribue désormais près de 44 % des ordonnances et 35 % des médicaments de la famille du Ritalin au pays. C'est du jamais vu.

Décourageant

Le psychothérapeute et docteur en neurosciences Joël Monzée était découragé, lorsque le Journal lui a communiqué ces nouvelles statistiques. Depuis plusieurs années, il dénonce le recours systématique à la médication pour traiter les enfants souffrant d'un TDAH.

«On est clairement dans une dynamique de dopage, lance-t-il. Autant je rencontre des enseignants qui sont de plus en plus sensibles à la problématique, autant je me rends compte qu'il y a, actuellement, une banalisation de ce trouble et de la médication, dans les médias», déplore-t-il.

M. Monzée montre du doigt le système scolaire pour expliquer la popularité croissante des médicaments de la famille du Ritalin. Il estime que les profs sont mal formés pour détecter les «psychopathologies» et que l'école «ne tient pas compte des stresseurs» qu'elle impose aux enfants.

«Il y a des enseignants qui ont des horaires réduits, souligne-t-il. Cela oblige les élèves à conjuguer avec deux manières d'intervenir dans la même classe.»

Pourtant, rappelle Joël Monzée, une étude a démontré que 60 % des enfants qui consomment des médicaments comme le Ritalin sont nés en juillet, en août ou en septembre, ce qui signifie qu'ils sont les plus jeunes de leur classe. À son avis, cela confirme que le système scolaire n'est pas patient avec les enfants d'aujourd'hui, en ne tenant «pas compte de leur maturation naturelle».

Certains en ont besoin

Le professeur Gérald Boutin, expert de la formation des enseignants, juge que «c'est une erreur», de blâmer le système d'éducation pour expliquer le phénomène.

«À la base, il y a un diagnostic qui est posé par un psychologue ou un pédiatre», fait-il valoir.

M. Boutin souligne que «le diagnostic du TDAH est plus affiné» qu'avant et estime que «certains enfants» ont bel et bien «besoin d'une aide thérapeutique».

L'expert, professeur à l'UQAM, reconnaît que l'école peut constituer «un contexte stressant» pour plusieurs enfants ; «mais de là à tout mettre sur le dos des enseignants, ça n'a pas de bon sens», lance-t-il.