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L'espionnage de News Corp, facile mais illégal

TVA Nouvelles

Photo : Reuters

Michel Munger
Argent

L'avenir de l'empire de presse News Corporation (NWS) est remis en question pour l'espionnage de simples citoyens et célébrités à partir de moyens facilement accessibles et parfaitement illégaux.

Un travail comparable à celui des journalistes de l'empire de Rupert Murdoch peut être effectué avec une aisance surprenante, explique Claude Sarrazin, président de Sirco services privés d'enquêtes et de protection.

«À partir du moment que l'on peut obtenir un mot de passe après avoir versé un pot-de-vin, ce n'est pas un problème, raconte-t-il. Au Québec, un service gratuit sur Internet a déjà permis d'enregistrer des conversations.»

«Aux États-Unis, ajoute-t-il, le Congrès américain a été avisé que des outils informatiques comprenant des logiciels espions étaient vendus et installés de façon commerciale partout.»

Des limites

Par contre, la collecte d'images ou de voix n'en est pas moins soumise aux lois en matière de protection des renseignements personnels.

«Des exceptions existent pour des fins journalistiques ou de recherche, rappelle Éloïse Gratton, avocate-conseil en droit des technologies de l'information au sein du cabinet McMillan. Ceci étant dit, quand la cueillette est intrusive et sans consentement, on peut parler d'une atteinte à la vie privée.»

«Au Québec, explique l'avocate, le recours se trouve dans l'article 36 du Code civil, qui indique que nous n'avons pas le droit de mettre une personne sous surveillance, sauf en matière criminelle. La situation qui nous intéresse n'est pas pénale ou criminelle.»

La juriste précise que les tribunaux jugent l'intérêt public au cas par cas, se demandant dans quelles situations les gens peuvent s'attendre à ce que leurs communications restent privées.

«Une conversation téléphonique entre ma mère et moi à la maison, c'est privé, illustre Me Gratton. Le courrier électronique également. Si je suis au travail et qu'une politique permet de surveiller mes courriels, c'est moins privé. Dans un parc, ce l'est encore moins.»

Une personnalité connue bénéficie d'un moins haut niveau de confidentialité, estime l'avocate.

«Suivre une personnalité de façon limitée dans un lieu public, c'est une zone plus grise que de l'écoute électronique pure, précise-t-elle. La suivre sur une plus longue période pourrait devenir une atteinte à la vie privée.»

Le Québec immunisé ?

Un important fossé culturel existe entre le Québec et l'Angleterre en matière de vie privée, comme en témoignent par exemple les caméras présentes à tous les coins de rues à Londres.

«On n'a pas la culture de paparrazzi, assure Brian Myles, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). On ne pourchasse pas les vedettes pour des histoires à sensations. On a un plus grand respect de la vie privée.»

M. Myles souligne que les grands médias crédibles ont des politiques d'information, sinon des clauses professionnelles dans leurs conventions collectives. Cette vision du journalisme pourrait même représenter un avantage économique à long terme.

«Ce qui va nous permettre de survivre et d'affirmer notre pertinence, ce sera l'engagement à agir dans le respect de la déontologie», avance Brian Myles.

Marc-François Bernier, spécialiste de l'éthique et de la déontologie en journalisme à l'Université d'Ottawa, va encore plus loin.

«Il ne faut surtout pas que l'intérêt de l'entreprise soit pris en compte, dit-il. Il faut se demander si c'est bon pour le public de le savoir et si ça cause plus de dommage que d'avantages.»

michel.munger@tva.ca