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Face à face avec un agresseur

Justice réparatrice

Carole a été agressée sexuellement il y a de nombreuses années. On l'a parfois traitée de menteuse lorsqu'elle dénonçait les gestes qu'elle subissait. Malgré plusieurs thérapies, la Lavalloise de 56 ans vivait avec la honte et la culpabilité.

Puis, un soir de printemps 2009, un agresseur l'a regardée dans les yeux et lui a dit: «Je suis le seul et unique responsable des gestes que j'ai posés.» Ce soir-là, tout a changé.

«J'avais attendu toute ma vie pour entendre ça, a expliqué Carole, qui a préféré taire son nom de famille. Je me suis mise à pleurer. Je ne savais plus quoi dire. Même si la phrase ne venait pas directement de mon agresseur, ça a eu un impact majeur pour moi.»

Carole participait alors à une session de justice réparatrice. Le principe est simple: des victimes d'actes criminels rencontrent des criminels ayant commis des actes similaires à ce qu'elles ont vécu. Ces rencontres, organisées par le Centre de services de justice réparatrice (CSJR), ont notamment lieu à l'établissement de la montée Saint-François, à Laval.

Pendant un mois, Carole s'est rendue dans un petit local, en compagnie d'autres victimes, d'agresseurs et de membres de la communauté venus participer à l'expérience. «Lorsqu'on m'a parlé de ces séances pour la première fois, j'ai refusé d'y participer, a-t-elle indiqué. Je me disais que j'allais probablement tous les tuer. Il m'a fallu trois ans avant de me sentir prête.»

Quelques minutes avant que les agresseurs entrent dans la salle pour la première fois, Carole a ressenti beaucoup d'anxiété. «J'avais peur de devenir agressive, a-t-elle expliqué. Je ne savais pas comment j'allais réagir. Mais étrangement, ça a bien été. Ils ne sont pas arrivés là en machos. Ils avaient la tête baissée et la queue entre les deux jambes, comme on dit. J'ai surtout été surprise de voir comment la honte était vécue autant d'un côté que de l'autre.»

Au fil des séances, Carole a pu parler de son histoire et, surtout, des conséquences que les agressions ont eues dans sa vie. «J'y repense et j'en ai encore des frissons, a-t-elle ajouté. C'est certain que ça n'a pas été facile. Je n'allais pas là pour être indulgente avec les agresseurs non plus. La confrontation a parfois été dure.»

Pas pour n'importe qui

Si l'expérience de Carole avec la justice réparatrice fut un succès, ce ne peut être le cas pour tout le monde. «On ne prend pas n'importe qui dans nos séances, a expliqué Claire Messier, psychothérapeute et animatrice des rencontres détenus-victimes (RDV). Il faut que les participants aient un soutien extérieur. Les rencontres peuvent être assez difficiles. Il faut que la personne soit équipée pour gérer cela. Nous faisons une sélection.»

Les criminels doivent de leur côté avoir terminé un processus thérapeutique et être recommandés par les intervenants du pénitencier. Ils doivent, avant toute chose, reconnaître leur tort.

Claire Messier a la grande responsabilité d'animer ces rencontres, en compagnie d'un travailleur social. Au fil des semaines, elle constate les bénéfices de l'expérience auprès des victimes et des détenus.

«On le voit dans l'attitude corporelle, par exemple, a-t-elle précisé. Les femmes victimes de sévices sexuels ont tendance à ne pas se mettre belles, une mesure de protection parfois inconsciente. Souvent, on remarque que les femmes deviennent resplendissantes plus les semaines passent.»

De son côté, Carole affirme voir, encore aujourd'hui, les bénéfices de cette expérience. «Ça a l'air banal, mais quand un agresseur et des représentants de la communauté t'écoutent et te disent qu'ils te croient, ça fait toute une différence», a-t-elle dit.

Aujourd'hui, Carole aide d'autres victimes. «Je ne pouvais pas aider les autres avant d'avoir moi-même pardonné, a-t-elle expliqué. Maintenant, je vois des victimes qui recommencent à sourire. Il y avait cette femme dans mon groupe. On ne l'entendait presque pas tellement elle chuchotait. Aujourd'hui, elle parle fort et est épanouie. C'est beau à voir.»

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