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Un étudiant fait la leçon à la direction

Université Laval

L'université Laval serait prête à collaborer avec un étudiant de 21 ans qui est parvenu à mettre en ligne un site web de gestion des études plus fonctionnel que le sien.

L'implantation de « Capsule » a coûté 20,5 millions $ dans le cadre d'un projet de modernisation.

Alexandre Clément, étudiant à la faculté des lettres et concepteur web à temps partiel, a réalisé Pilule.ca, un site internet permettant aux étudiants d'effectuer pratiquement les mêmes opérations que Capsule (inscription, admission, paiement, etc.).

Étant en fait un maquilleur d'écran, Pilule se connecte automatiquement aux données de Capsule, mais les affiche sur une interface différente et beaucoup plus facile à consulter, selon les étudiants rencontrés.

Plusieurs sont évidemment assommés de constater qu'un jeune étudiant puisse développer une interface plus efficace que le site de gestion institutionnelle. Cependant, Alexandre Clément, qui n'a jamais suivi de formation en informatique, ne voulait rien prouver à qui que ce soit en lançant Pilule.

«Je désirais d'abord que ce soit plus facile pour mes propres opérations, l'interface de Capsule est horrible et complexe. Après l'avoir montré à des amis, j'ai décidé de l'ouvrir au public, au début août, pour que ça puisse aider les autres», a-t-il indiqué.

Cher payé

L'Université du Québec à Montréal (UQAM) a payé 9 millions $ pour l'installation de son plus récent système informatique, ce qui a soulevé l'ire de la communauté étudiante de l'Université Laval, qui comprend mal pourquoi le projet, dont ils doivent payer la moitié de la facture, a coûté 20,5 millions $.

Vice-recteur adjoint au système d'information, René Lacroix a piloté le projet de modernisation de gestion des études. Il a expliqué que les frais importants rattachés à cette réforme n'étaient pas reliés à la configuration de Capsule, mais à l'installation inévitable d'un nouveau système, dont Capsule n'est qu'une façade.

M. Lacroix a ordonné la semaine dernière à l'université de bloquer l'accès à Pilule sur le serveur du campus.

Le Bureau de sécurité de l'information a envoyé un avis à tous les étudiants indiquant de ne pas utiliser le site, par crainte d'hameçonnage informatique. C'est de cette façon que M. Clément a su que Pilule avait été bloquée sur le campus, et ce, même si ses coordonnés étaient disponibles sur son site.

«C'était un peu ridicule, il n'y a rien d'anonyme. J'ai même intérêt à ce que ce soit ultra-sécuritaire», a souligné celui qui a joint à son site les slogans «Capsule réinventé» et «25 millions $ moins cher que l'original».

Apprendre de Pilule

C'est ce que la haute direction de l'université a réalisé en le rencontrant, la semaine dernière.

«J'avais des inquiétudes (...), mais M. Clément est une personne sérieuse. Pilule permet d'afficher l'information d'une façon qui est pas mal plus ergonomique que Capsule peut le faire. Maintenant, on veut regarder avec lui la possibilité de prendre ce qu'il a fait et de pousser plus loin pour Capsule», a fait savoir M. Lacroix, qui a reconnu que Capsule présentait certaines limites et qu'aucune action n'avait été entreprise par l'université pour améliorer son interface.

Alexandre a été avisé que Pilule sera de nouveau accessible sur le campus dans quelques jours. À moyen terme, l'université s'inspirera du site pour améliorer Capsule.

«C'est clairement spécial» - Sébastien Harvey, CADEUL

Le président de la Confédération d'associations des étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL), Sébastien Harvey, acclame l'initiative d'Alexandre Clément, mais juge assez aberrant de voir l'université consulter un étudiant pour corriger un aspect d'un projet aussi coûteux.

«Ce qui est drôle, c'est que depuis que Capsule a été mis en place, l'université a toujours tenu la même ligne pour défendre les problèmes de l'interface. C'est-à-dire que la communauté universitaire était réticente aux changements. Là, avec la pression de Pilule, ils virent de bord. C'est clairement spécial», a-t-il exprimé.

Satisfait de constater que l'université soit prête à accueillir des commentaires constructifs pour améliorer son site de gestion, comme l'aide de M. Clément, le président dit souhaiter qu'elle admette ses erreurs.

«L'université doit reconnaître qu'il y a eu surinvestissement dans un projet qui n'a pas eu les fins désirées. C'est quand même aberrant de penser qu'un projet aussi coûteux, financé à moitié par les étudiants, réussisse à trouver une sortie plus fonctionnelle avec l'aide d'un jeune étudiant. C'est encore un problème de gestion récurrent dans les institutions postsecondaires au Québec. Là, on vient augmenter les frais de scolarité et on se rend compte de situations problématiques comme ça», a-t-il ajouté.

Indigestion de Capsule

La CADEUL, qui a évalué le coût de la modernisation à 26 millions $, plutôt qu'à 20,5, a déjà déposé trois rapports afin d'informer la direction de l'université des plaintes des étudiants par rapport au nouveau système de gestion des études. M. Harvey a d'ailleurs indiqué que des étudiants avaient vu leur diplomation être retardée puisque Capsule ne reconnaissait pas certains crédits universitaires.

La majeure partie des plaintes concernait les difficultés liées à l'inscription.

Des cas de bris de confidentialité ont été également signalés puisque certains étudiants ont pu avoir accès, involontairement, à des données personnelles des autres membres de la communauté universitaire. Une pétition a d'ailleurs été signée par près de 1 700 personnes afin que l'université admette ses erreurs dans l'implantation de Capsule.