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Une survivante brise le silence

Michaël Nguyen

Poignardée à la tête par son père dans le massacre sordide de sa famille, la fille de Mahmoud El Tomi a dû affronter l'adversité.

Hospitalisée 10 mois, dont trois dans le coma, elle souffre toujours de paralysie partielle. Mais 15 ans après la tragédie qui a failli lui coûter la vie, la jeune femme de 24 ans mord dans la vie.

«Ma vie ne s'arrête pas ce jour-là, insiste-t-elle. Il s'en est passé du temps, et j'ai mis ça de côté. J'ai toute ma tête et je veux que le monde le sache.»

Si Nora (nom fictif), aujourd'hui âgée de 24 ans, a décidé de se confier, c'est parce qu'elle refuse d'être étiquetée comme une «victime». Elle ne veut pas que les gens la reconnaissent comme telle, et c'est pour cela qu'elle ne veut pas que son prénom soit publié.

Le massacre

Ce dramatique soir de 1996, Mahmoud El Tomi a massacré presque toute sa famille à coups de couteau et de marteau dans leur résidence de Longueuil.

La mère et trois des cinq enfants ont péri dans la violente tragédie qui a eu des échos jusqu'en Égypte, le pays d'origine du meurtrier.

Nora, neuf ans à l'époque, a survécu à l'attaque. Sa soeur, 18 ans, absente du domicile au moment du carnage, a aussi eu la vie sauve.

Nora n'a pas pu assister aux funérailles de sa famille et n'a ainsi pas vécu de deuil. Ça l'a en partie sauvée, croit-elle.

«Peut-être étais-je trop jeune, trop innocente, mais j'ai toujours été très souriante», confie-t-elle.

Un support inconditionnel

Si elle va aussi bien, Nora le doit aussi à un entourage dont elle ne tarit pas d'éloges. «Parfait», «formidable» et «magnifique» ne sont que quelques qualificatifs qu'elle emploie quand vient le temps de décrire ses proches.

Elle a grandi dans une «excellente» famille d'accueil. Nora les revoit d'ailleurs régulièrement. «C'est une deuxième famille pour moi», dit-elle.

Elle a aussi un adorable chihuahua. «C'est mon bébé, l'amour de ma vie», s'exclame-t-elle avec un grand sourire.

Mais des «faux amis», elle en aussi eu. «Ils venaient me parler du drame, mais on sentait que c'était surtout par curiosité, déplore-t-elle. Ça sonnait faux. Eux, ça ne me tente pas de les revoir.»

Passer outre ses handicaps

Malgré son énergie débordante, la fille El Tomi garde des séquelles du drame. Elle souffre de paralysie partielle au côté gauche du corps et d'une déficience visuelle permanente.

La jeune femme marche plus lentement et ne peut pas conduire. Sa vue est amoindrie, et même le port de lunettes ne peut corriger son handicap. Trop de lecture la fatigue et elle a des difficultés à se concentrer sur de longues périodes.

Vie normale

«Ce qui me sauve, c'est de vivre normalement sans me sentir restreinte, croit Nora. Je refuse d'avoir un frein dans ma vie, ça me tuerait.»

«Quand j'ai une restriction, ça me rappelle mon père», ajoute la jeune femme.

Mahmoud El Tomi a tenté de se sui-cider juste après la tragédie. En vain. Il a été condamné à la prison à vie et a récemment demandé une libération conditionnelle. Sa fille s'y est farouchement opposée et sa requête a été rejetée.

Avec le temps, Nora avoue cependant commencer à réaliser l'ampleur drame. «Mais quand je fonderai une famille, toute cette histoire sera définitivement derrière moi, explique la jeune femme avec conviction. L'avenir s'annonce toujours meilleur, j'en suis certaine.»