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Vivre avec seulement 17 000$

TVA Nouvelles

(Photo: Agence QMI)

Carl Renaud
Argent

Peut-on vivre avec seulement 17 000$ de revenu par année au Québec? La tâche peut sembler impossible à accomplir aux yeux de plusieurs. Mais certains travailleurs y parviennent en réduisant drastiquement leur consommation.

La montréalaise Stéphanie Brillet s’est jointe au camp des simplistes volontaires l’an dernier. La jeune femme de 36 ans était au bord de l’épuisement professionnel lorsqu’elle a décidé de quitter son emploi chez Bell Canada pour travailler dans une école à temps partiel et vivre avec 17 000$.

«Je n’appréciais pas mon travail et je n’avais plus le temps de vivre. Mon choix m’a permis de découvrir et d’apprécier une nouvelle qualité de vie», a exprimé Stéphanie Brillet.

La jeune femme a tout de même dû faire plusieurs sacrifices pour équilibrer son budget. Exit le téléphone portable, l’abonnement au câble, les sorties au cinéma et au théâtre. Des activités gratuites comme la lecture et le sport meublent désormais ses temps libres.

«Je fais beaucoup de marche et de vélo. J’apprécie les activités qui me permettent d’avoir l’esprit libre», a précisé Mme Brillet.

Le budget mensuel de Stéphanie se chiffre à seulement 1 416$. La somme inclue notamment un loyer de 466$, une facture de téléphone et d’internet de 60$, ainsi que 75$ pour l’électricité. Pour l’épicerie, elle ne dépense pas plus de 200$ par mois.

«L’épicerie ne coûte pas cher quand on achète des produits de base, comme des légumes, et qu’on les transforme», a-t-elle illustré, ajoutant qu’elle se procure beaucoup de vêtements dans des friperies.

Une percée chez les riches

La simplicité volontaire existe aussi chez les mieux nantis. Jean-Pierre (NDLR : nom fictif), vice-président d’une entreprise de la grande région de Montréal, a renoncé au luxe il y a une dizaine d’années. Il gagne toujours autant d’argent mais vit avec seulement 30 000$ par an. La différence, soit près de 50 000$, est investit dans le fond de retraite du dirigeant.

Pour atteindre son objectif, Jean-Pierre a passé toutes ses dépenses en revue. Il a entre autres décidé de troquer sa Volvo pour un Ford Focus. «Je n’ai pas besoin d’une voiture luxueuse. Ces autos là coûtent cher et elles consomment beaucoup plus de carburant», a-t-il commenté.

La résidence de 350 000$ a aussi été mise de côté. Jean-Pierre préfère posséder une maison moins onéreuse, qui est libre d’hypothèque. Le simpliste volontaire estime que les grandes maisons entraînent des dépenses trop élevées, notamment en chauffage et en taxes.

«Au début des années 2000, j’ai réalisé qu’à mon âge, il était préférable d’accumuler son argent plutôt que de le donner aux autres», a expliqué l’homme, aujourd’hui âgé d’une soixantaine d’années.

Jean-Pierre consacre environ 1000$ par mois pour couvrir l’ensemble des dépenses liées à sa résidence, à sa voiture, à son alimentation et à ses vêtements. Croyez le ou non, la balance des 30 000$ est déposée dans un compte d’épargne ou sert à payer ses impôts. «Ça me permet de voyager, et de me payer des petits extras», a ajouté Jean-Pierre, précisant qu’il paie ses voitures comptant.

Des cas extrêmes

Jacques Nantel a beaucoup d’admiration pour les simplistes volontaires, mais ils estiment que les situations de Stéphanie et Jean-Pierre sont des cas extrêmes. «La plupart des gens ne sont pas capable de vivre comme ça», a commenté l’expert en consommation.

Le professeur de HEC Montréal croit cependant que plusieurs ménages ou individus pourraient parvenir à réduire leurs dépenses. «La solution est de se faire un budget. Il n’y a que 30% des gens qui en suivent un», a déploré M. Nantel.

Le coauteur du livre « On veut votre bien et on l’aura » a différentes solutions à proposer à ceux qui veulent avoir plus d’argent dans les poches. Par exemple, réduire les dépenses liées aux télécommunications. La valeur des factures de services comme le câble, la téléphonie portable et internet ont bondi de 700% en huit ans.

Jacques Nantel suggère aussi d’optimiser les déplacements car les consommateurs consacrent trop d’argent aux voitures et à l’essence. «Ce sont des dépenses sans valeur résiduelle. Il est préférable d’habiter près de son lieu de travail que de parcourir des kilomètres en auto», a-t-il dit.

Payer ses achats comptant plutôt qu’à crédit et se procurer des biens de qualité sont d’autres avenues mises de l’avant par Jacques Nantel. «Les consommateurs ont été conditionnés à payer le moins cher possible. Parfois, il est préférable d’acheter une paire de chaussure de 80$ plutôt que deux paires à 50$ la même année», a-t-il conclu.

carl.renaud@tva.ca