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Les Shafia reconnus coupables

Meurtres prémédités

Consultez notre dossier sur le procès Shafia

Mohammad Shafia, sa femme Tooba Mohammad Yahya et leur fils Hamed ont tous trois été trouvés coupables des meurtres prémédités des trois filles de la famille et de la première femme du père, dimanche au palais de justice de Kingston en Ontario.

Ces trois résidants de Montréal étaient accusés du meurtre des trois adolescentes de la famille, Zainab, Sahar et Geeti et de Rona Amir, la première épouse de Mohammad Shafia, dont les corps ont été retrouvés le 30 juin 2009 dans une voiture immergée au fond d'une écluse à Kingston Mills.

Les coupables ont tous nié en bloc. «Je ne suis pas une meurtrière. Je suis une mère», a dit Tooba Mohammad Yahya en réagissant à ce jugement.

«Nous ne sommes pas des animaux, a affirmé son mari, Mohammad. Nous n'avons pas commis de meurtre et c'est injuste».

De son côté, Hamed semblait être le plus ébranlé des trois. «Je n'ai pas noyé mes sœurs», a-t-il précisé au juge.

Photo: Agence QMI

Un crime «haineux»

Les accusés sont donc automatiquement condamnés à la réclusion à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, pour ce crime qualifié de «haineux» et de «méprisable» par le juge Robert Marenger lors du jugement.

«Le motif apparent derrière ces meurtres honteux commis de sans-froid, c'est que ces quatre innocentes victimes ont offensé votre notion d'honneur, une notion fondée sur la domination et le contrôle des femmes. Cette notion malade de l'honneur n'a pas de place dans aucune société civilisée», a ajouté le juge.

Ce verdict est donc tombé rapidement puisque les jurés n'avaient délibéré que durant 15 heures. Durant le procès, ils avaient entendu 58 témoins et examiné 160 pièces à conviction.

Le procureur Gerard Laarhuis a salué le travail la police de Kingston. «Nous sommes contents du verdict », a-t-il dit en sortant du palais de justice. Il a souligné que les principes de liberté et de démocratie ont été respectés avec ce jugement.

Selon le sergent Chris Scott de la police de Kingston, les procureurs «ont donné une voix aux victimes».

Preuve accablante

Le jury de sept femmes et cinq hommes a donc cru la Couronne qui, dès les premiers jours du procès, a étalé une preuve qui semblait accablante contre les accusés.

La poursuite disposait entre autres d'une preuve d'écoute électronique dans laquelle on entendait le père dire, au sujet des victimes : «Que le diable défèque sur leurs tombes!»

L'analyse de l'ordinateur de la famille avait aussi permis de conclure que certaines recherches comme «où commettre un meurtre» et «documentation sur noyade» avaient été faites sur l'outil Google.

Pour étayer leur preuve, les procureurs de la Couronne, Me Laurie Lacelle et Me Gerard Laarhuis, avaient avancé que les femmes avaient été tuées pour laver l'honneur de la famille.

Selon leur thèse, Mohammad Shafia aurait décidé d'éliminer ses filles notamment parce qu'elles s'habillaient de façon séduisante et qu'elles fréquentaient des garçons.

La famille Shafia a toujours prétendu que c'est un bête accident qui avait coûté la vie aux victimes, mais cette hypothèse a été mise à mal puisque la voiture avait dû emprunter un chemin bien précis, comportant plusieurs obstacles, pour atteindre le canal Rideau.

La voiture du père sur place

La poursuite a avancé que la voiture de Mohammad Shafia, une Lexus, s'était rendue au bord du canal puisque des débris de cette auto ont été retrouvés sur place.

La Couronne affirmait donc que c'est la Lexus qui avait poussé la Nissan Sentra, spécialement achetée pour le voyage de la famille à Niagara Falls, dans l'eau.

Fait important, la Couronne ne disposait que d'une preuve circonstancielle, ce qui veut dire qu'elle n'était pas en mesure de prouver comment les accusés avaient commis le crime, mais qu'elle établissait un lien clair entre les meurtres et les trois membres de la famille.

La poursuite avait mis en lumière les nombreuses contradictions dans les versions que Tooba Mohammad Yahya avait livrées aux policiers. La femme a d'ailleurs reconnu devant le tribunal avoir menti aux enquêteurs, mais prétendait l'avoir fait de peur que son fils, Hamed, ne soit torturé.

Tout au long du procès, les Shafia ont affirmé ne jamais avoir entendu parler de crime d'honneur et la défense a tenté de dépeindre le père comme étant un homme libéral et permissif.

Le mystère demeure

Malgré la condamnation des accusés, la mort des quatre victimes restera un mystère puisque l'enquête n'aura pas permis de savoir où, précisément, les victimes ont été tuées avant de finir au fond du canal Rideau.

Le pathologiste a confirmé que les femmes étaient mortes noyées, mais l'enquête a démontré qu'elles n'avaient pas tenté de sortir de la voiture submergée, malgré le fait qu'elle se trouvait dans à peine deux mètres d'eau et que la fenêtre du côté conducteur était ouverte. Aucune trace d'un quelconque sédatif n'a été détectée.

C'est la jeune Geeti, 13 ans, qui flottait au-dessus du siège du conducteur alors que ce dernier était dans une position qui aurait empêché la conduite, même pour un adulte.

 


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