/finance/finance

Le commissaire au lobbyisme s'en mêle

Sabia chez les Desmarais

Le commissaire au lobbyisme s'intéresse au séjour du président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, et de sa famille au domaine des Desmarais, à Sagard, dans Charlevoix.

«On va procéder à certaines vérifications», a indiqué en entrevue vendredi la porte-parole du commissaire au lobbyisme, Louise-Andrée Moisan.

M. Sabia et sa petite famille étaient les invités du président et co-chef de la direction de Power Corporation, André Desmarais, au cours de la fin de semaine des 12, 13 et 14 août.

À la Caisse de dépôt, on a assuré qu'il ne s'agissait que d'une simple «activité sociale» à laquelle M. Sabia a participé, qu'il «n'y avait aucun lien avec son travail».

Malgré tout, le commissaire François Casgrain juge que ces révélations méritent des vérifications. Au terme de cet exercice, il indiquera s'il y a lieu ou non d'aller plus loin et d'enquêter, a précisé Mme Moisan.

«Pour que la Loi sur le lobbyisme s'applique, il faut un titulaire de charge publique, un lobbyiste et une communication en vue d'influencer le titulaire d'une charge publique. Les gens peuvent faire des rencontres, ça ne veut pas dire qu'il vont faire des activités de lobbyisme, mais ce qu'on dit toujours aux titulaires de charge publique, c'est d'être vigilant parce qu'il y a des cadres qui sont plus propices que d'autres à des communications d'influence », a-t-elle insisté.

Pas de cas de conscience chez les libéraux

Le séjour du président de la Caisse de dépôt et placements du Québec (CDPQ), Michael Sabia, au domaine de l'influente famille Desmarais dans Charlevoix, choque l'opposition. Les libéraux, eux, cautionnent cette proximité.

«Un jour, peut-être, je serai invité et si je suis invité je vais y aller» a promis le ministre responsable du Plan Nord, Clément Gignac. «Je n'ai aucune pudeur par rapport à ça (...) M. Desmarais a de droit d'inviter qui il veut. Par la suite, on doit se comporter avec la responsabilité des fonds publics. Je n'ai aucun reproche à adresser à M. Sabia», a-t-il déclaré vendredi.

En conférence de presse à Sherbrooke, le premier ministre Jean Charest a également dit se fier au «bon jugement» de M. Sabia qui a une «bonne expérience de vie». Puis, il a confirmé qu'il a lui-même séjourné à Sagard chez les Desmarais. «J'y suis déjà allé comme je suis allé chez Pierre Karl Péladeau», a-t-il lâché, sans plus de détails.

Le ministre des Finances Raymond Bachand n'y voit pas d'impair non plus. «Le président de la Caisse ne peut pas se retirer dans une tour d'ivoire», a commenté son attachée de presse, Catherine Poulin.

Une «erreur de jugement»

Les partis d'opposition ne l'entendent pas de cette oreille. «C'est un manque de jugement flagrant. La famille Desmarais exerce une influence considérable sur la politique et l'économie canadienne et québécoise. Tout le monde sait ça; M. Sabia le savait. Je trouve inacceptable qu'il n'ait pas eu la prudence la plus élémentaire en se présentant là», a commenté le député péquiste Nicolas Marceau.

Même son de cloche à la Coalition Avenir Québec (CAQ). «C'est imprudent de sa part. Ça ne donne pas une apparence d'indépendance, il aurait intérêt à garder une plus grande distance par rapport aux grandes entreprises vis-à-vis desquelles il a des décisions à prendre. Il a intérêt à être plus prudent», a répondu François Rebello.

«Troublant» et «regrettable»

Amir Khadir, de Québec solidaire, juge la situation «très regrettable».

«Ça me rappelle une mise en garde que j'avais faite quand M. Sabia est arrivé à la tête de la Caisse de dépôt. Pour moi, c'est un fonds important et souverain à la disposition du Québec qui doit agir en toute indépendance par rapport aux milieux financiers privés. C'est troublant...»

La veille, le porte-parole de Power Corporation avait déclaré qu'il s'agissait d'une «simple activité sociale».

«Il devrait peut-être ajouter que ce n'est qu'une "activité sociale dans laquelle les principaux participants prennent les observateurs que nous sommes pour de parfaits imbéciles". Juste de créer des liens d'amitié, ça vient corrompre les positions qui doivent être tout à fait infranchissables, étanches entre les deux institutions.»

 

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.