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La famille d'une victime veut sensibiliser les jeunes

Vitesse au volant

Francis Asselin-Trudel

David aurait dû être sur la glace hier, à dévorer sa passion du hockey, à batailler avec ses coéquipiers des Gaulois de St-Lin-Laurentides. Ses parents et sa soeur n'auraient pas dû se trouver au centre de la patinoire, en larmes, sous une bannière hissée à sa mémoire.

«Si au moins les gens peuvent la regarder et se conscientiser, se rappeler de David et de la façon dont il est décédé... souffle son père, Dominic Sarao. J'ai envie de dire aux jeunes: «Regardez sa bannière, et lâchez le gaz. Il y a eu deux morts et il va y en avoir d'autres si ça continue.»

Le numéro 19 de David Sarao-Boucher est allé rejoindre ceux de Kevin Gasse-Bouffard et de Jade Chayer-Côté, deux autres hockeyeurs fauchés trop tôt.

Un hommage à la mesure de celui qui était «né avec des patins dans les pieds», selon sa mère, Nancy Boucher.

«Il disait tout le temps que le hockey était sa vie», souligne sa soeur, Mélodie.

Les deux avaient à peine 14 mois de différence. «Nous avons partagé la même chambre, dormi dans des lits superposés. Mon frère était mon meilleur ami», lâche-t-elle avant d'éclater en sanglots.

Il y a six, mois jour pour jour, hier, David Sarao-Boucher périssait dans un accident de la route à l'âge de 15 ans. Le conducteur, son ami d'enfance, succombait également. Des trois occupants, un seul a survécu à la sortie de route. La vitesse serait en cause.

«26 morts de trop»

La veille de son hommage, la Sûreté du Québec dévoilait son bilan des collisions routières survenues sur son territoire, en 2011. Les chiffres se veulent encourageants. Le nombre de collisions mortelles chez les jeunes de 16 à 19 ans est passé de 44 à 26.

Mais pour M. Sarao, «26 morts, ce sont 26 morts de trop». Il espère donc que celle de son fils change les mentalités, qu'elle lance un message.

«Maintenant, nous sommes conscients de ce que les parents vivent, ajoute la mère de David, Nancy Boulanger. Je vois chaque croix sur le bord de la route, je les vois toutes.»

Un deuil ardu

Chez les Sarao-Boucher, la maison porte les marques d'un deuil ardu.

La chambre de David est intacte. Ses parents se disent «incapables» d'y toucher. Son urne funéraire repose dans le vestibule.

Sa présence est encore palpable. Autrefois joie de vivre et énergie, elle est maintenant incarnée par une tristesse pesante.

«Il y a une partie de moi qui est morte, confie son père. On réapprend à vivre. On ne continue pas à vivre. On réapprend à faire avec ce vide-là, à se refaire une routine. Quand les gens me demandent comment ça va, je leur réponds que l'extérieur va, mais qu'à l'intérieur, il n'y a plus rien. Un trou, un cratère...»

«Nous sommes des morts-vivants, renchérit sa conjointe. Je suis partie avec lui.»

«Notre petit David, c'était notre boule d'énergie dans la maison, notre joie de vivre. Son départ a laissé un cratère dans nos vies, ça n'a pas de bon sens. Il ne passe pas une minute sans que je ne pense à lui.»

Un deuil difficile, plombé de regrets et de questions.

Lorsqu'elle a réalisé que David n'était pas rentré à la maison, vers 4h du matin, Mme Boucher n'a pas été capable de décrocher le combiné et d'appeler la police.

La mauvaise nouvelle qu'elle redoutait tant est venue à elle au petit matin, au bout de ce même téléphone.

«Un enquêteur nous a dit que David avait été impliqué dans un accident. Ç'a pris du temps pour remonter jusqu'à nous, car il n'avait pas de pièces d'identité sur lui», dit-elle.

Mais il est déjà trop tard. Son décès a été constaté à l'Hôpital Sacré-Coeur.

«Si j'avais appelé, j'aurais pu me rendre à l'hôpital deux heures plus tôt, pendant qu'il était dans le coma. Il aurait peut-être entendu ma voix de désespoir et il serait resté avec nous...»

«Je m'en suis beaucoup voulu, je m'en veux encore. On se pose plein de questions pour lesquelles on n'aura jamais de réponses», lâche-t-elle, les yeux rougis.