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La France fait marche arrière

Sables bitumineux

La France vient de bloquer la mise en œuvre d'une loi européenne de 2009 sur la qualité des carburants de transport. Cette « Directive sur la qualité des carburants» devait abaisser 6 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) des carburants pour lutter contre le réchauffement climatique.

Cette directive, votée du temps de la présidence européenne de Nicolas Sarkozy, ne peut être appliquée sans la fixation, par les États membres, d'une valeur d'émission de gaz à effet de serre (GES) pour chaque type de carburant, ce qui doit entraîner une taxation additionnelle.

Selon une étude commandée par l'Union européenne (UE) à l'Université Stanford, la production de pétrole issue des sables bitumineux émet 23 % d'émissions de GES de plus que celles émises par le pétrole brut classique importé dans l'UE.

La France, sensible aux pressions des pétrolières, a demandé une nouvelle étude sur cette question, ce qui reporte l'application de la directive dans le temps à une date indéterminée.

Pas plus polluants ?

La France aurait fait marche arrière en raison de l'opposition conjointe du gouvernement canadien et de plusieurs pétrolières, dont la pétrolière française Total.

Il existe un document intitulé «Stratégie de plaidoyer paneuropéen sur les sables bitumineux», indique Keith Stewart, le coordonateur de la campagne sur le climat et l'énergie chez Greenpeace.

« Ce document de mars 2011 est étonnant », dit Keith Stewart. « Il est la preuve d'une stratégie commune du gouvernement fédéral et des pétrolières en Europe en faveur des sables bitumineux. »

Joe Oliver, le ministre des Ressources naturelles fédéral, s'est opposé à l'avis d'expert évoqué par les Européens. Il le qualifie de « discriminatoire pour les carburants issus des sables bitumineux » canadiens.

« Nous nous attendons à une analyse scientifique, revue par des pairs, portant sur tous les pétroles bruts utilisés en Europe, a affirmé le ministre. En cas de discrimination, le Canada n'hésiterait pas à défendre ses intérêts. »

Selon lui, des études auraient démontré que les émissions de GES émises lors de la production de pétrole brut extrait des sables bitumineux sont semblables, sinon inférieures à celles des autres pétroles importés actuellement par l'Union européenne. La France aurait été sensible à ce point de vue.

« C'est faux! », a souligné Jennifer Grant, de l'organisation environnementale Pembina, à propos de l'Impact de cette forme d'exploitation pétrolière « Les sables bitumineux sont une source élevée de carbone. »

Elle ajoute que l'étude de l'Université Stanford démontre que « le carburant le plus propre issu des sables bitumineux est plus sale que 98 % du pétrole conventionnel qui entre en Europe ». La faute provient, selon elle, du gouvernement canadien, qui n'a rien réglementé depuis une vingtaine d'années.

Total et les Desmarais

Total a investi massivement au Canada dans les sables bitumineux. Uniquement dans le cas de Total - la sixième entreprise au monde en importance selon le Fortune 500 -, on parle de 15 à 20 milliards de dollars d'ici 10 à 15 ans en Athabasca, et ce, dans le but de produire plus de 250 000 barils par jour.

La multinationale est présente, par l'entremise de sa filiale Total Exploration & Production Canada, dans trois projets d'extraction de sables bitumineux en Alberta, où se trouve la deuxième réserve mondiale d'or noir.

Le grand patron de Power Corporation, Paul Desmarais, et son associé belge, Albert Frère, ont aussi leur mot à dire sur toutes les décisions stratégiques du géant français du pétrole.

Par l'intermédiaire, le Groupe Bruxelles-Lambert et CNP, les familles Desmarais et Frère possèdent 5,4 % des actions de Total.

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