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Exil en région

Sur la 132

Marie-Josée Roy

Avec « Sur la 132 », son premier roman, Gabriel Anctil nous propose une histoire inspirée de son propre parcours, dans laquelle un jeune publicitaire branché, las du rythme effréné et de la superficialité de la métropole, décide de tout quitter pour aller s'installer dans le Bas-Saint-Laurent.

L'auteur a lui-même effectué cette démarche lorsqu'il était âgé de 23 ans. Pendant quatre ans, il s'est promené dans la région, transportant ses pénates de Trois-Pistoles à Saint-Octave-de-Métis, s'impliquant dans la communauté et se faisant même élire comme conseiller municipal. Si des raisons familiales l'ont finalement poussé à revenir s'établir dans la grande ville, cette expérience de vie lui a fourni assez de matière pour pondre le roman qu'il rêvait d'écrire et sur lequel il a travaillé pendant trois ans.

«Moi, j'étais plus jeune que mon personnage quand je suis parti, a raconté Gabriel, qui bosse actuellement dans le milieu de la télévision. Je venais de finir mon baccalauréat et j'avais le goût de découvrir une nouvelle façon de vivre. Je ne connaissais pas très bien les régions. Ça m'a beaucoup impressionné. À Montréal, on vit comme dans une bulle; quand on est en région éloignée, surtout l'hiver, ça peut devenir un milieu fermé. J'ai voulu que mon personnage traverse ces bulles-là.»

De fait, son Théo se frottera véritablement à tous les aspects de la vie à la campagne. Croisant sur sa route un éventail de personnages colorés, il lèvera le coude à la taverne avec les habitants de l'endroit, se liera d'amitié avec des « baby-boomers » et s'initiera à la musique country. L'écrivain a même eu le souci de rédiger en joual les dialogues entre ses protagonistes pour refléter davantage la réalité.

Vision personnelle

Par le biais de Sur la 132, Gabriel Anctil expose sa vision du Québec d'aujourd'hui et se défend bien d'avoir dépeint un portrait idéalisé du patelin qui l'a vu évoluer pendant un temps.

«Idéalement, il faudrait que tous les gens de Montréal aillent vivre un an en région, a dit en riant le papa de deux garçonnets. Pas seulement deux semaines au mois de juillet; vraiment passer l'hiver, ce qui constitue le gros test. Et les gens de la région devraient venir séjourner à Montréal. C'est une réalité qui peut frapper. Moi, j'espère que ça va donner aux gens de la ville le goût d'aller découvrir la région. Je me dis que si j'avais lu ce livre-là à 15 ou 20 ans, ça m'aurait donné envie de mieux connaître mon pays.»

Éventuellement, l'ancien journaliste aimerait aller présenter lui-même son œuvre à la population du Bas-du-Fleuve, lui qui rêve de vivre un jour uniquement de sa plume. Pour l'instant, toutefois, il savoure l'accueil chaleureux que Sur la 132, en magasin depuis le 16 février, a reçu, tant de la part de la critique que du public.

«Je vais laisser passer la tempête et je vais me refaire une santé, a souri le jeune trentenaire. Je vais reprendre des forces, et ensuite, je plongerai dans un autre projet.»