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Les hauts et les bas d'un détaillant d'essence

Portrait

Il en a vu couler de l'essence et les prix de l'essence n'ont guère de secrets pour lui, bien qu'il avoue qu'il y a une partie des prix exigés par les pétrolières qu'il ne comprend toujours pas. Mais chose certaine, l'homme n'aime pas qu'on dise qu'il y a magouille entre les détaillants pour fixer les prix, comme le dit plus d'un consommateur choqué par la hausse des prix.

Dans un texte qu'il a fait parvenir au journal «La Seigneurie», puis en entrevue, il a expliqué en long et en large comment sont établis les prix. Il a même invité à appeler le numéro codé où les détaillants obtiennent quotidiennement, le prix à la rampe, le prix auquel ils achèteront leur essence. C'est à partir de ce dernier prix que les détaillants fixent le prix à la pompe en tenant compte de leurs coûts de fonctionnement.

La marge de profits est vraiment minime et elle varie selon le type de station-service : détaillant propriétaire indépendant qui achète son essence, détaillant propriétaire indépendant qui prend l'essence en consignation ou détaillant gérant d'une station appartenant à une pétrolière.
Parfois la marge de profit est bonne, sans être faramineuse; parfois elle est nulle et même négative. Quand il reste un profit de 0,05$ pour 20 litres vendus, c'est une grosse journée et ce sera le volume qui fera la différence.

Le volume, c'est tout, explique M. Chagnon et c'est la raison pour laquelle il demeure avec Petro-Canada.

«Si je suis un petit détaillant, qui fait 3 cents de profit sur 1 million de litres, ça me donne 30 000$ au bout de l'année. Si je peux vendre 5 millions de litres, avec 2 cents de profit, je me fais 100 000$ par année. C'est le volume qui fait tout. On n'a pas intérêt à gonfler les prix.»

Ce sont les frais d'exploitation qui déterminent les prix à la pompe. La concurrence joue aussi un certain rôle, surtout sur les variations dans une même journée. Tous les détaillants se promènent pour voir les prix à la pompe de leurs concurrents et ils s'ajustent pour s'assurer le volume. Ce petit jeu risque donc de profiter au consommateur plus qu'autre chose. Quand les prix atteignent un seuil où plus personne ne fait de profits, les prix remontent. C'est un véritable chassé-croisé.
«Il y en a qui ne veulent pas avoir à se soucier de ça. Ils acceptent un moindre revenu sur l'essence, dont le prix est fixé par la pétrolière et font leurs profits sur le dépanneur», explique M. Chagnon.

Celui-ci rêve du jour où le gouvernement va fixer un prix de vente obligatoire tout en espérant que ce prix soit juste pour le consommateur et le détaillant. «Je ne m'excuse pas de réussir à faire un profit. Tout travail mérite salaire. Cependant, sachez que je n'arnaque personne», conclut-il.

Le mystère des prix

Le prix à la pompe est composé du prix de l'essence, des taxes et des coûts de fonctionnement. Au bout du compte, il n'aurait rien à voir avec le prix du brut dont on entend parler dans les bulletins de nouvelles.

Si par exemple, comme c'était le cas le 3 avril, le prix de l'essence régulière était de 0,908 $ le litre au départ, les différentes taxes font grimper à 1,41005 le prix payé par le détaillant.

Ce jour-là, le prix à la pompe au Petro-Canada du boulevard de Périgny, à Chambly, a oscillé entre 1,394 et 1,479 le litre. La marge de profit de M. Chagnon était donc de 1,605 cent au plus bas, et de 6,895 cents au meilleur de la journée.

Cette marge de profit sera encore grugée par les frais à payer pour les paiements par carte de crédit, pour les points Petro-Canada, pour les taxes à payer sur les profits, etc. Cette journée-là, M. Chagnon aura fait un profit net d'au plus 5,41 cents sur un plein que vous aurez payé 29,38 $ (20 litres).

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