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Le cégépien est libéré sous conditions

Michaël Nguyen

Le cégépien de 20 ans accusé d'avoir pris part au saccage des bureaux de comté de la ministre Line Beauchamp est libre. Au terme de son enquête sur remise en liberté, la juge a tranché en faveur de la défense, mais en imposant à l'accusé de sévères conditions.

Félix Généreux-Marotte ne pourra plus se trouver sur l'île de Montréal, sauf pour son travail de commis dans un IGA, pour rencontrer son avocat ou pour se présenter en cour. Il ne pourra plus se trouver à moins de 300 mètres de bureaux gouvernementaux.

Si les cours reprennent au cégep du Vieux-Montréal où il étudie, il devra revenir devant la juge pour avoir l'autorisation de retourner en classe.

Il lui sera également interdit de manifester dans des lieux privés sans autorisation. Il devra payer une caution de 1000$, en plus vivre chez son père, à Saint-Mathias-sur-Richelieu.

Voilà les conditions qu'a imposées la juge Louise Bourdeau, mardi après-midi, au palais de justice de Montréal, pour que l'accusé puisse attendre la suite des procédures en liberté.

«Oui», a solennellement répondu l'étudiant en sciences humaines lorsque la magistrate lui a demandé s'il allait respecter chaque condition.

Depuis le début des grèves étudiantes contre la hausse des droits de scolarité, il y a 64 jours, Généreux-Marotte est accusé d'avoir pris part à plusieurs actions où des méfaits et actes de vandalisme ont été commis. Il avait été arrêté une première fois en février, puis samedi dernier, à son domicile.

Saccage

L'événement le plus récent date de vendredi dernier, lorsque des manifestants ont saccagé les bureaux de la ministre de l'Éducation, à Montréal.

Une cinquantaine d'individus ont fracassé des fenêtres, brisé des caméras et des portes avant d'investir les lieux illégalement, a raconté le procureur de la Couronne, Me Steeve Larivière.

Une fois à l'intérieur, les manifestants ont notamment brisé des bureaux, un téléphone, des cadres et un écran d'ordinateur. Des cannettes de bière et de l'argent y auraient été dérobés.

Des carrés rouges ont été collés sur des portes et les vandales ont laissé des messages d'insultes à la ministre. «Grosse cr...» et «tiens ma tab...» font partie des commentaires peu élogieux laissés en graffiti dans les locaux.
Un employé, présent sur place, a dû se réfugier dans un local, attendant le départ des vandales pour sortir de sa cachette.

Trahi par ses empreintes

La police a trouvé les empreintes digitales de Félix Généreux-Marotte sur une vitre brisée et sur un verre, à l'intérieur des bureaux.

Selon la Couronne, l'accusé a également pris part à des actes de vandalisme, la veille de cet incident, cette fois à l'Université de Montréal. Environ 500 manifestants ont investi le pavillon principal de l'université, souillant les lieux de peinture.

Les empreintes de l'accusé ont été trouvées sur un pot de peinture.

En février dernier, il aurait pris par à l'occupation du cégep du Vieux-Montréal, où il aurait vidé un extincteur sur le Groupe tactique d'intervention de la police de Montréal.

«Bûcher» chez son père

Félix Généreux-Marotte a témoigné lors de l'audience, de même que ses parents. L'étudiant, qui vit chez sa mère, a précisé être en bonne relation avec ses deux parents.
«Chez mon père, j'ai une chambre, un chien et une famille», a-t-il déclaré lorsque son avocat, Me Étienne Poitras, l'a interrogé.

Son père, un militant bien connu au Québec, a corroboré les déclarations de son fils. Hans Marotte a dit être «très très proche» de son fils, qu'il a accepté d'accueillir à bras ouverts.

«On a beaucoup de tâches à la maison, ça va faire mon affaire», a-t-il déclaré.

Son père fier

Hans Marotte, maintenant avocat, avait défrayé la chronique en 1988 quand il avait grimpé la croix du Mont-Royal pour y dérouler une bannière en faveur de la loi 101. Il avait été condamné à une probation et des travaux communautaires.

«Je suis fier du militantisme [de mon fils], mais je ne suis pas fier de ses démêlés judiciaires, a déclaré Me Marotte lors de son témoignage. Les actes reprochés sont condamnables sur le plan criminel.»

À la sortie de l'audience, Me Marotte a assuré que les quatre jours de détention de son fils «l'ont fait beaucoup réfléchir».

La mère de l'accusé, Nathalie Généreux, a pour sa part accepté de s'engager à verser une caution, insistant sur l'influence qu'elle affirme avoir auprès de lui.
«Si je mets mon nom [sur la caution], je suis convaincue qu'il va suivre les conditions», a-t-elle assuré.

Malgré l'opposition de la Couronne à libérer l'accusé, la juge Bourdeau a finalement tranché en sa faveur.

«Vous n'avez pas d'antécédents, vous avez 20 ans, êtes étudiant et travaillez, a-t-elle dit. Je pense que vous avez cette fois appris la leçon.»

Félix Généreux-Marotte reviendra en cour le 22 mai prochain pour la suite des procédures.